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 ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy

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fallenRaziel

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MessageSujet: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Mar Déc 11, 2012 6:37 pm


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Dernière édition par fallenRaziel le Mer Déc 19, 2012 6:38 pm, édité 1 fois
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fallenRaziel

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Mer Déc 12, 2012 12:35 pm



Citation :
Citation :


(Première Partie)

"Si l'on met le feu à ta maison, approche-toi pour t'y chauffer..."


Dans le coin le plus reculé de Zyrconia, de la fumée s'élevait en permanence des rochers, chauffés par les fortes températures souterraines. Ces émanations piquantes ne masquaient pourtant pas le ciel qui, indifférent à la fournaise, restait obstinément bleu. Quelques rares végétaux poussaient ici et là parmi la pierraille, un peu rabougris et abattus par ces conditions de vie.
Un geyser d'eau jaillit, éclaboussant une large zone de ses gouttelettes brûlantes. Pour se risquer dans cet endroit inhospitalier, une bonne connaissance du terrain et des dangers inhérents à cette région s'avérait nécessaire. Un chemin grossier, tracé par les pas des rares personnes s'étant aventurées là, constituait la seule preuve tangible d'une vie intelligente dans les environs. La faune se limitait à quelques lézards, rongeurs et surtout aux redoutables drakones, reptiles ailés terrifiants, tout de griffes et de crocs. Naturellement agressives, les femelles devenaient plus dangereuses encore pendant la saison de la ponte. Heureusement, les nids se situaient un peu plus loin au nord et à l'est ; avec un peu de prudence, par petits groupes de deux ou trois , il demeurait possible d'escalader les versants jusqu'à une bonne altitude.
A travers la brume ardente, deux jeunes hommes se mouvaient lentement, et choisissaient avec précaution les endroits où poser les pieds. Chaussés de hautes bottes, ils se faufilaient entre les fumeroles, scrutant le sol attentivement. Lorsqu'ils eurent trouvé l'endroit qu'ils cherchaient, l'un des deux posa à terre un sac vide et entreprit de fouiller un petit tas de pierres. Son compagnon s'assit sur un rocher tiède à proximité pour observer les alentours.
Leurs traits identiques trahissaient leur gémellité, mais là s'arrêtait leur ressemblance : leurs attitudes révélaient des caractères très différents. Celui qui avait entrepris un travail de fouille arborait une expression concentrée, un regard vif et direct, des gestes précis et soigneusement répétés. L'autre, observait son jumeau d'un regard voilé ; ses yeux, rouges et sans pupilles, suivaient nerveusement les moindres gestes de son frère. Ses doigts tordaient convulsivement un pan de sa tunique, révélant l'anxiété grandissante qui le gagnait.
Interrompant sa fouille, le premier jumeau releva le visage l'espace d'un instant pour rassurer son frère d'un sourire espiègle.
« Ne t'en fais pas, Beryl, il n'y a pas de drakone par ici. On va sans doute pouvoir grimper un peu plus haut. Il y a un gros gisement de pierres-flambeaux par là-bas. »
Il désigna une hauteur proche.
Les pierres-flambeaux avaient la particularité de brûler comme du petit bois quand on les frottait fortement l'une contre l'autre. Les hivers rudes obligeaient les humains à faire des réserves avant même la fin de l'automne, qui commençait à peine.
Beryl voulut retourner son sourire à son jumeau, mais il ne réussit à produire qu'un rictus forcé. Il ne se sentait pas en sécurité malgré les paroles de son frère. Celui-ci se passa la main sur le front, repoussa en arrière une longue mèche de cheveux blanc brillant et jeta un coup oeil vers le ciel dégagé : il s'attendait à tout instant à voir passer une silhouette ailée qui démentirait son pronostic peut-être trop confiant.
Beryl tourna son attention vers le sud, en direction du petit village en contrebas, à peine visible dans la brume matinale. Leur foyer, bien qu'ils sussent depuis longtemps qu'ils ne faisaient pas vraiment partie du peuple qui y vivait, était coupé du monde par les Pics Volcaniques. Les jumeaux, différents des autres par leur physique atypique, n'avaient jamais attiré la haine. Les habitants de TigrEye, le village du Feu, les acceptaient . Ils savaient que leur mère adoptive, Ferypenda Braisang, la prêtresse-mère, les avait recueillis ici, dans ces montagnes, une vingtaine d'années auparavant. Mais elle n'en avait pas dit davantage sur leurs origines ; peut-être les ignorait-elle...
TigrEye était construit dans une petite dépression au milieu des volcans. Un endroit dangereux, pourrait-on penser aux premiers abords, mais aussi très fertile. Les cultures y poussaient facilement et l'eau, même si elle demeurait rare, ne manquait pas à ceux qui savaient où la trouver. Ils avaient appris à se passer de ce dont ils ne disposaient pas. Les besoins des autochtones restaient modestes : ils élevaient quelques animaux pour la chair et le lait qu'ils procuraient, et consommaient le fruit de leurs récoltes, toujours suffisantes pour que personne ne souffre de la faim.
Les habitations restaient majoritairement construites en pierres, certaines souterraines, creusées dans l'épaisseur des anciennes coulées de lave ; d'autres, plus petites, étaient faites de bois, mais la rareté du matériau dans cette région les rendait peu nombreuses. Le seul moyen de se procurer du bois solide consistait à se rendre sur une île non loin d'ici, sur laquelle poussait une petite forêt clairsemée.
Le bâtiment sans conteste le plus impressionnant du village était le Temple du Feu du Sud, l'unique lieu de culte. Il dominait le centre du village, construit au milieu d'un parvis lui-même surélevé. Aucun des jumeaux - ni aucun simple villageois d'ailleurs - ne pouvait y entrer : l'accès restait réservé aux prêtres et prêtresses qui y officiaient, et même le statut de fils adoptifs de la prêtresse-mère ne donnait pas ce privilège. Tout le monde supposait que le temple servait de cachette à quelque chose de très précieux, mais personne ne savait exactement ce dont il s'agissait . Sauf peut-être les anciens qui se contentaient de sourire malicieusement quand quelqu'un posait la question. Ferypenda leur avait appris que grâce à cet objet mystérieux, le village vivait en paix , sans avoir à craindre les drakones ou les rigueurs du climat. Le frère de Beryl n'avait jamais été très croyant, mais vu les circonstances et les dangers qui entouraient TigrEye, il devait bien admettre que quelque force surnaturelle entrait sûrement en jeu.
Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'ils avaient quitté le village pour leur récolte matinale, et le soleil se hissait de plus en plus haut ; pourtant, la Lune, visible au nord, ne s'estompait pas et restait suspendue au milieu du ciel, comme un orbe brillant. Ferypenda répétait souvent que le jour où la Lune ne serait plus visible à chaque instant de la journée serait celui de la fin du monde actuel. Mais le frère de Beryl ne pensait pas souvent à ce genre de chose : il préférait vivre le moment présent sans trop s'interroger.
Cependant, la nervosité de son jumeau le gagnait lui aussi. Liés autant par l'esprit que par le sang, les frères partageaient souvent leurs émotions sans le vouloir, et celles de Beryl paraissaient chaotiques à cet instant.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu vas cesser de t'agiter ? le sermonna gentiment son jumeau. Tu me déconcentres ! »
Mais le jeune homme se laissa glisser à bas de son rocher, sans répondre. D'un doigt tremblant, il indiqua le sud, la direction du village… Et son frère comprit alors : de longs panaches de fumée tout à fait inhabituels émanaient de celui-ci. Et là, au centre, on discernait des lueurs dansantes, comme celles d'un feu…
Il lâcha son sac de pierres-flambeaux sous le coup de la surprise. Il savait que les prêtres du temple procédaient à des cérémonies chaque matin, mais jamais jusqu'à présent il n'y avait eu d'accident. Était-il possible qu'un rituel ait mal tourné ? Il pensa à Ferypenda, qui dirigeait toujours les célébrations, et saisit la main de son frère afin de l'entraîner en courant.


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Doom218

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Jeu Déc 13, 2012 12:28 am

Je n'ai pas encore lu le chapitre, ceci n'est qu'un petit mot pour dire que j'adore tes images ainsi que ton premier poste. j'aime déjà ton histoire !

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fallenRaziel

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Jeu Déc 13, 2012 12:36 am

Merci^^
Oui, j'ai la chance de maîtriser un peu PhotoShop donc je peux "illustrer" mes chapitres quand l'envie me prend. Pour moi, le contenant compte autant que le contenu^^

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Seshat

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Jeu Déc 13, 2012 12:24 pm

Oh oh !! Curiosité attisée, j'attends la suite avec impatience Very Happy Tu parviens à créer du mystère tout en donnant des détails, tu dévoiles les personnages par petite touche, pas trop vite, pas trop lentement... Ca me plait beaucoup !

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fallenRaziel

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Jeu Déc 13, 2012 1:30 pm

Ok, la suite alors^^

Citation :
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(Seconde Partie)

Le village reposait dans une brume épaisse, trop compacte pour être naturelle. Dans les rues flottaient des effluves inconnues, l‘odeur d‘un matériau étrange en train de brûler. Les jumeaux, hors d'haleine, apercevaient çà et là dans la semi-pénombre des silhouettes en train de courir, qui s'évanouissaient dans les ténèbres. Ils tentèrent de leur courir après en criant, mais ils ne parvinrent pas à les atteindre.
Les yeux larmoyants, ils discernèrent petit à petit ce qui ressemblait à des corps allongés. S'agenouillant près de l'un d'eux, le frère de Beryl constata avec horreur que la mort l'avait frappé. Une mort violente. Une grande plaie sanglante s'ouvrait dans la poitrine de la malheureuse jeune fille. Sur le visage pâle, aux lèvres bleues, se lisait encore une expression de pure horreur. Il se releva, le cœur plein de colère : qui avait bien pu commettre un tel crime ?
S'arrêtant devant d'autres cadavres, les macabres découvertes se multiplièrent. Ils avaient été passés au fil de l'épée pour la plupart, d'autres gisaient décapités… Beryl détourna les yeux et se mit à sangloter doucement ; son frère, choqué lui aussi mais décidé à ne pas se laisser aller à la peine, le prit par les épaules :
« Ecoute, c'est terrible… Je sais..." Sa voix tremblait. Il faut trouver Fery... »
Il décida de ne pas révéler à son jumeau en larmes ses craintes, ses interrogations sur les auteurs du bain de sang qui s'étalait à leur pied. Il prit Beryl par la main et se dirigea vers le centre du village et le temple. Plus ils avançaient, plus les émanations gazeuses les prenaient à la gorge, les faisant tousser et pleurer. Le frère de Beryl déchira de sa tunique un lambeau de tissu qu'il plaqua sur sa bouche ; il en fit de même pour son jumeau.
Il leur fallait faire de gros efforts afin de ne pas regarder trop longtemps les corps qui jalonnaient la route. Parfois, remplis d'espoir, ils s'arrêtaient près d'une silhouette allongée, qui, à cause de leur vision troublée, leur semblait avoir bougé, mais devaient à chaque fois goûter l'amère déception de s'être trompés.
Ils parcoururent une bonne centaine de mètres avant d'apercevoir, adossé à une maison, un homme vivant mais suffocant, qui se tenait l'abdomen des deux mains. Le frère de Beryl courut vers lui, trop heureux de découvrir un survivant. C'était un vieil homme qu'il connaissait bien.
« Néphryth ! Qui t'a fait cela !? Que s'est-il passé ? Qui a perpétré ce carnage ?! »
Tout en posant ces questions, il essayait tant bien que mal de stopper le sang du vieux Néphryth qui s'épanchait lentement, et appliqua de ses deux mains sur la plaie un tampon de tissu déchiré à la tunique de Beryl. Le vieillard n'avait déjà presque plus de souffle, mais il parvint à articuler, s'accrochant des deux mains aux vêtements du jeune homme penché sur lui :
« Krysos... Beryl... Le temple… ils nous ont… trouvé. Ils vont… la prendre… Krysos, vous devez… Fuir… fuir tout de suite… »
Néphryth agonisait. Krysos, savait qu'il n'en avait plus pour longtemps, et que ses efforts pour le maintenir en vie étaient vains, mais il devait lui poser une dernière question :
« Néphryth, je t'en prie, reste avec moi ! Dis-moi où est Ferypenda ! Est-elle… vivante ? »
Il eut du mal à articuler le dernier mot, comme si la mort de sa mère adoptive, la grande prêtresse du Feu, était inenvisageable…
Les mains du vieux Néphryth se firent molles et retombèrent bientôt à son côté. Krysos se mordit la lèvre de dépit, conscient de n'avoir pas pu sauver cet homme, cet homme qu'il connaissait depuis son enfance, avec qui il avait tant discuté, tant marché, tant appris… Il croisa les mains de Néphryth sur sa poitrine et regarda autour de lui afin de chercher un outil pour creuser une tombe. N'en trouvant pas, il baissa la tête avec découragement, dépité de devoir laisser le cadavre de son vieil ami se décomposer à l'air libre.
Il se releva en serrant les poings de frustration, et s'adressa à son frère :
« Je sais que tu as peur ; moi aussi. Mais nous devons aller jusqu'au temple, nous devons comprendre ce qui se passe. Je ne partirais pas d'ici avant de savoir ce qu'est devenue Fery… »
Surmontant sa terreur, Beryl mit sa main dans la sienne, pour lui signifier qu'il le suivrait où qu'il aille. Ils remirent leurs masques de fortune sur leurs visages et reprirent leur route, de plus en plus abattus.
Plus ils avançaient vers le centre du village, plus les cadavres s'amoncelaient : il y avait là autant de femmes que d'hommes, et même… des enfants. Certains portaient encore des armes rudimentaires entre leurs doigts rigides, mais d'autres semblaient s'être faits faucher sans opposer la moindre résistance. Et ils ne pouvaient rien faire pour eux… L'idée de devoir laisser ces corps ici, dans leur tombe à ciel ouvert, répugnait les jumeaux. Mais des vivants avaient peut-être besoin d'eux.
Ils entendirent bientôt des sons métalliques retentir dans les rues proches devant eux : des bruits d'armes qui s'entrechoquaient. Krysos réalisa alors qu'il n'avait pas son épée. Il en ramassa une au hasard près de lui - d'une facture étrangère plutôt mauvaise -, s'attendant à chaque instant à tomber sur un assaillant assoiffé de sang. Il ne savait pas contre combien d'ennemis il pourrait défendre son frère, mais il était bien décidé à faire face autant que possible ; s'il devait mourir ici avec les autres, ce ne serait pas sans combattre. Avec prudence, il tourna au coin d'une rue, laissant son regard plonger au centre de la place principale de TigrEye.
Le spectacle le cloua sur place : des hommes portant de légères armures dorées massacraient ce qui restait de la population. Des prêtres surtout, mais aussi des villageois, tentaient tant bien que mal de se défendre en utilisant comme arme tout ce qui se trouvait à leur portée. Mais les habitants de TigrEye n'étaient pas des guerriers. Jamais ils n'avaient eu à repousser une telle sauvagerie.
A la vue des corps jetés en tas avec indifférence, Krysos sentit sa vue se brouiller. La rage si familière, toujours au rendez-vous quand il sentait l'appel du combat, l'envahit. Son sang commença à battre violemment et amena avec lui son cortège habituel de sensations fortes ; ses muscles se tendirent, sa mâchoire se contracta, ses yeux rouges se plissèrent pour davantage d'acuité... Il serra la poignée de l'épée ébréchée et s'apprêta à voler au secours d'une pauvre femme, qui portait la robe cérémonielle de la prêtrise, poursuivie par un soldat. Au moment où il se jetait sur l'agresseur il entendit dans sa tête le cri lancé par Beryl, qui le suppliait de ne pas se battre, de ne pas l'abandonner. Il ralentit son geste une fraction de seconde, mais le cri de la femme fut le plus fort sur le moment. Il abattit sa lame sur l'ennemi, tranchant dans l'os la partie de son corps que sa piètre armure ne protégeait pas entièrement. L'homme s'écroula sans un hurlement, toujours aussi anonyme qu'un instant plus tôt.
Krysos n'avait jamais encore ôté la vie d'un humain. Il fut surpris de la facilité avec laquelle il avait effectué cette action. Il ne ressentait nulle peur, nul regret de l'avoir fait. Le jeune guerrier retourna le corps avec son pied. Son armure, bosselée et de mauvaise fabrication, portait un insigne qu'il ne reconnut pas : un soleil symbolique aux multiples rayons. La jeune prêtresse, qui n'avait pas dû distinguer son sauveur dans l'épaisseur du brouillard qui régnait dans cette zone, s'était enfuie.
Krysos retourna auprès de son frère et le mena un peu plus loin, avec encore plus de prudence car les bruits de combat redoublaient. Les silhouettes des meurtriers et des victimes se mêlaient confusément dans la pénombre mortelle. Encore une fois, malgré les supplications de Beryl, Krysos se jeta dans la bataille et tua quelques autres soldats. Ses leçons d'escrime basiques, qu'il avait considérées au départ comme un simple passe-temps, avaient porté leurs fruits. Cependant, il arrivait en général trop tard : les soldats qu'il abattait - hélas ! en si petit nombre - avaient déjà fait leur lot de victimes. Il ne put sauver personne, se contentant dans sa tristesse mêlée de fureur, de rendre aux bourreaux la monnaie de leur pièce. Enfin, découragé, abattu, sa rage l'abandonnant petit à petit, il s'accroupit au milieu des monceaux de morts et laissa ses larmes couler.
Qui étaient-ils ? Pourquoi avoir fait cela ? De quoi étaient coupables ces gens pour mériter pareil châtiment ?
Beryl le rejoignit et posa sa main tremblante sur son épaule. Krysos ne sut plus quoi faire sur le moment : devaient-ils continuer et risquer à chaque mètre de se faire tuer ? Y avait-il une chance que Ferypenda soit vivante ? L'idée de leur mère adoptive aux prises avec ces monstres les torturait… Combien de temps s'était écoulé depuis qu'ils avaient pénétré dans le village attaqué ? Dix minutes ? Trente ? Une heure ? Ils ne savaient plus, et leurs gorges irritées les faisaient souffrir.
Le parvis du centre du village semblait désert à première vue. Comme dans les rues adjacentes, des cadavres par dizaines jonchaient les pavés, éclaboussés de sang. Des lueurs dansantes se reflétaient sur les murs des maisons. Un silence pesant régnait sur ce spectacle de ruine. Mais Krysos, caché avec son frère derrière un pan de mur, remarqua sans peine les soldats qui faisaient les cent pas devant le temple. Le temple…
Des langues de feu virulentes commençaient à en sortir, par les portes fracassées et jetées bas ; les flammes tambourinaient sur les fenêtres comme des mains désespérées. Au milieu de cet enfer, une silhouette émergea du bâtiment sacré, d'un pas lent, comme si la proximité du danger ne l'effrayait pas. Elle s'arrêta sur le parvis, et un instant, Krysos aperçu dans sa main un éclat rouge, qui pulsa quelques secondes avant de disparaître. L'inconnu portait une légère armure dorée, avec les mêmes insignes que les autres soldats. Un souffle de vent chaud venu du temple souleva une lourde natte de cheveux blonds, qui sortait de son casque comme un cimier. Son visage était caché mais Krysos comprit que c'était une femme ; il discerna alors mieux les formes féminines de son armure…
La haine l'envahit encore. L'attitude de cette guerrière inconnue était la dernière insulte qu'il pouvait endurer. Elle était responsable, il le savait : elle avait, d'une manière ou d'une autre, profané le temple, et volé quelque chose, comme Néphryth l'avait prédit. Mais quoi ?
Le feu sacré de TigrEye faisait rage dans le sanctuaire ; les flammes se tendaient vers l'extérieur, rampaient comme des serpents à la recherche de quelque chose à mordre. Déjà les pierres du parvis roussissaient sous leur assaut et bientôt elles se propageraient à tout le village. Ce feu dévorerait tout, le bois et la chair comme le métal et la pierre.
Krysos sentit sa fureur le porter en avant, lui dictant de trancher en deux cette femme monstrueuse. Mais la main de Beryl l'arrêta cette fois ; il reprit alors un peu ses esprits et considéra la situation : des soldats patrouillaient tout autour du temple, et sans compter la guerrière sur le parvis, il serait suicidaire de se mettre à découvert maintenant. Il ravala alors sa colère, serrant la main de son frère afin de se contenir.
La femme en armure dorée fit un geste à l'attention des soldats et ceux-ci se mirent en rang. Elle descendit alors les marches du parvis, d'une démarche pleine d'assurance, comme si ce village lui appartenait. Elle se plaça près du soldat de tête, qui semblait l'attendre, et celui-ci lui parla :
« Il y a eu beaucoup de résistance, Madame, mais nous en sommes venus à bout. Ces paysans ne savaient pas se battre.»
Elle répondit d'un ton de mépris :
« Ces chiens n'auraient pas dû nous résister. S'ils s'étaient laissés faire bien gentiment, ils seraient sans doute encore vivants. Qu'importe, nous avons ce que nous cherchions. En route ! »
La cohorte s'ébranla alors. Beryl et Krysos durent se contenter de les regarder passer, impuissants, toujours dans l'ignorance de l‘objet qui avait mené à ce bain de sang. Une fois seuls, ils se mirent à tousser frénétiquement : la fumée se faisait encore plus dense et on ne voyait presque plus à un pas devant soi. Malgré tout, Krysos devait jouer sa dernière chance. Il se dirigera difficilement vers le temple en flammes, et mettant ses mains en porte-voix, il cria avec le peu de souffle qui lui restait :
« Fery ! Fery ! Où es-tu ? »
Aussitôt, comme en réponse, un énorme craquement retentit et le toit s'affaissa sur lui-même. De gigantesques langues de feu s'en échappèrent, enfin libres, et le vent les poussa en direction des maisons proches. Les habitations de bois s'embrasèrent immédiatement ; celles en pierre résistèrent plus facilement, mais le feu sacré aurait raison d'elles à la longue. Dans le brasier, des formes fantasmagoriques semblaient prendre forme, telles des têtes de drakones grimaçantes, arrachant de leur griffes et de leurs crocs ardents tout ce que le feu atteignait.
Krysos toussa douloureusement avant de se replier. Personne ne pouvait avoir survécu ici, pas même Ferypenda ; son Don la rendait insensible à la douleur, pas immortelle. Tout au plus aurait-elle pu échapper à un feu ordinaire, mais à une telle fournaise déchaînée…
Les jumeaux se retirèrent dans un quartier voisin, assez loin de l'incendie qui continuait malgré tout de se propager. Bifurquant de nombreuses fois dans les ruelles, ils se retrouvèrent devant leur propre maison, une bâtisse de pierres solide. Ils y trouvèrent refuge et un air étonnamment plus respirable. Entre deux halètements, Krysos s'adressa à son frère :
« Nous devons faire ce que Néphryth a dit : nous devons fuir. Du reste, c'est ce que Fery aurait voulu. Tu te souviens de ce qu'elle disait souvent ? Que s'il devait arriver malheur au village, que si tout espoir était perdu, nous le retrouverions au nord ? Que nous devions suivre la Lune ? Alors, nous allons le faire, Beryl ! »
Beryl exprima son inquiétude, teintée de découragement. Krysos tenta de le rassurer, malgré sa propre incertitude : avait-il bien interprété les paroles de Ferypenda ? Était-ce ce qu'ils devaient vraiment faire ? Il se souvint alors de l'étrange attitude de la prêtresse ces derniers temps : quand elle sortait de ses transes, les sombres présages qu'elle avait entrevus se lisaient sur son visage… Avait-elle en partie prévu cette catastrophe ?
Le crépitement des flammes se rapprochait. Krysos bondit à l'étage de la maison et, entrant dans une chambre pourvue de deux lits accolés, il se laissa tomber à terre et fouilla sous l'un d'eux. Il se releva, tenant dans ses mains une épée enveloppée d'un linge blanc. Quand il redescendit, il remarqua que Beryl avait déjà rassemblé dans une besace le peu de nourriture qui se trouvait dans la maison : du pain et des fruits. Il le remercia de sa prévoyance par un sourire triste.
Les deux frères fuirent le village, et laissèrent à contrecœur derrière eux l'incendie se charger de terminer le travail. Laisser brûler des cadavres était une tragédie, mais ils n'auraient pu se charger de les enterrer tous. Ils n'en avaient ni la force ni le temps. Les victimes ne reposeraient pas dans le sein de la terre dont-elles étaient issues, leurs chairs ne retourneraient pas à leur matrice originelle, aucune gemmes ne naîtraient de leur mort afin de rappeler leur vie…
Ils se retrouvèrent au pieds des Pics Volcaniques : aucun signe visible de la cohorte ennemie. Elle était sans doute bien plus loin, sur les pentes. Krysos sourit amèrement : on lui avait si souvent dit que les Pics étaient impossibles à traverser… Pas pour des hommes déterminés, visiblement. Et cela, dans un sens, lui redonna confiance. Si ces soldats caparaçonnés de fer avaient pu le faire, pourquoi pas eux ?
Beryl surprit sa pensée et prit peur. Son frère le rassura, tout en ne lui cachant pas la vérité.
« Je veux retrouver cette femme ! tonna-t-il. Il faut traverser ces montagnes, et si personne de TigrEye ne l'a encore fait, je peux te jurer que nous seront les premiers ! »
Il leva les yeux vers les cimes qui ne lui avaient alors jamais paru plus menaçantes. Les montagnes pointues semblaient le narguer d'en haut, l'invitant à tenter ce que, il y a à peine quelques instants, il pensait impossible. Le Monde Extérieur attendait au-delà… un monde dont-ils n'avaient tout deux jamais entendu que de vagues rumeurs, toutes plus ou moins légendaires.
Le village était anéanti, son peuple massacré, et pourtant quelque chose tout au fond de lui le poussait en avant, accompagné du secret espoir de récupérer ce que les siens avaient défendu de leur vie. Ce serait le dernier hommage à leur rendre… Il leur fallait suivre la voie indiquée par Ferypenda, suivre la Lune… Krysos se sentait capable d'entreprendre cette ascension périlleuse, mais Beryl le supporterait-il ? Il était bien moins résistant que lui…
Sentant son trouble, le jeune muet lui prit la main et posa sa tête sur son épaule, mêlant sa chevelure brillante à la sienne. Ils tremblèrent à l'idée du périple qui les attendait.

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fallenRaziel

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Ven Déc 14, 2012 4:15 pm

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(Troisième Partie)

Leur marche se révéla moins pénible depuis qu'ils s'étaient éloignés du foyer de l'incendie. Toutefois, ils avançaient pas-à-pas, tant à cause de leur abattement moral que de la difficulté du terrain, creusé d'ornières, de trous traîtres et même de précipices, qui les obligeaient parfois à dévier de plusieurs mètres. Ils marchaient tête basse, les bras ballants, et ne communiquaient que peu, même en pensée.
Parfois, Beryl avait du mal à passer un obstacle et son frère devait l'aider à escalader un rocher ou à sauter par-dessus un trou. Il était vrai qu'avec la robe ample qu'il portait, il ne lui était pas facile de se débrouiller, et Krysos dût même le porter à diverses reprises.
La Lune paraissait plus grande ici que près du village, signe qu'ils avançaient bel et bien même si les distances demeuraient trompeuses dans cette contrée. La Lune demeurait toujours visible dans le ciel, même de jour, mais brillait davantage la nuit, et sa puissance magnétique devenait plus forte. Elle exerçait toujours une attraction particulière sur les deux frères, comme si elle veillait sur eux de là-haut. Les jumeaux avançaient toujours en regardant l'astre céleste, certains que s'ils ne le quittaient pas des yeux, ils ne se perdraient pas.
Un ensemble rocheux assez impressionnant se découpa dans la clarté diffuse. De forme arrondie, ovoïde, un rocher éclaté en son centre laissait entrevoir une autre couche d’un matériau inconnu, plus fine, elle aussi ovale, dont la base était incrustée de pierres précieuses qui brillaient dans la pénombre. L'ensemble semblait étrangement déchiqueté, comme s'il avait implosé. Les jumeaux s'attardèrent à cet endroit, contemplant l'étrange ensemble, avec la quasi conviction que c'était de cet endroit que leur avait parlé Ferypenda quand ils étaient petits, quand elle disait en murmurant « Je vous ai trouvés dans une pierre... »
Ils caressèrent les bords déchirés de la coque interne, essayant de se souvenir de ce qui s'était passé à cet endroit jadis, vingt ans auparavant. Comment Ferypenda les avait-elle trouvés, dans ce paysage aride ? Avait-elle été surprise de les trouver là ? Les avait-elle pris dans ses bras, tout de suite, parée de son habituel sourire triste ? Ou alors avait-elle eu une hésitation devant leurs faces blafardes et leurs yeux rougeoyants ? L'idée de les laisser ici l'avait-elle effleurée ? Le souvenir de la grande prêtresse aux cheveux auburn et au regard froid leur brisa le coeur, elle qui s'était exposée au mécontentement de son peuple en adoptant deux enfants inconnus. Une prêtresse-mère devait se dévouer entièrement à son sacerdoce ; le temps qu'elle avait passé avec eux lui avait peut-être coûté, mais que d'instants de bonheur partagés à eux trois... Les joyaux luisaient paisiblement, sans révéler aucun secret. Peut-être se trompaient-ils, peut-être cet endroit n'avait-il rien à voir avec eux...
Ils ne purent rester ici plus longtemps, tiraillés par la soif et la faim, et par le désir de sortir de ce labyrinthe hostile.
Sur leur route, ils croisèrent les restes d'un campement, un feu de bois mal éteint, et même quelques restes de victuailles. Ils s'en délectèrent comme ils purent, afin d'économiser leurs maigres provisions, même s'ils savaient que cela avait été laissé là par leurs ennemis. Par contre, l'eau se faisait rare, et les quelques filets liquides qu'ils purent trouver par miracle parmi les anfractuosités suffisaient à peine à étancher leur soif.
Ils s'arrêtèrent quelquefois pour se reposer mais pas trop longtemps. Ils utilisaient des pierres-flambeaux afin de faire du feu. Krysos compta ainsi deux jours et deux nuits depuis leur départ de TigrEye. Jamais il ne s'était sentit si démuni, si confronté à l'inconnu, et de plus, il avait peur pour son frère. Beryl était craintif par nature, et peu débrouillard, un peu comme un enfant, et si Krysos n'était pas là pour s'occuper de lui, il serait quasiment incapable de faire quoi que ce soit tout seul. Il le regarda pendant qu'il dormait, tourné sur le côté, ses poings légèrement crispés, ses lèvres entrouvertes laissant passer son souffle, la tête se balançant doucement, comme pour bercer sa peur...
Comme il l'aimait...
Si seulement il pouvait être normal... à son âge, son Don aurait déjà dû se manifester. Lui avait obtenu son Don à l'âge de douze ans, comme la plupart des gens, mais Beryl, lui, ne suivait pas le mouvement. C'était comme... bloqué à l'intérieur de lui, tout comme sa voix. Beryl n'était pas dans l'incapacité physique de parler, seulement... il ne parlait pas, voilà tout. Son frère arrivait toujours à comprendre ce qu'il voulait dire, en lisant ses expressions et aussi ses pensées bien sûr. Peu de gens y arrivaient.
Il était décidé à s'occuper de Beryl tout le temps qu'il faudrait. Et si cela ne changeait jamais ? S'il restait comme ça pour toujours ? S'il était condamné à ne jamais devenir un adulte ?...
Krysos vint secouer son cadet, doucement, pour le sortir du sommeil.
« Beryl, nous avons assez dormi. Il faut repartir. »
Et ils se remirent en route, toujours avec aussi peu d'entrain, mais avec l'espoir que le bout du chemin était peut-être derrière la prochaine montagne.
Au détour d'un rocher, une puanteur infecte les assaillit. Krysos contourna l'obstacle avec précaution et se figea de surprise devant le spectacle qu'il découvrit : un drakone gisait sur le sol, les ailes écartées, déchirées sur les roches coupantes, ses deux courtes pattes avant ramenées sous lui. Son énorme tête écailleuse, encadrée de membranes marquées de runes, reposait sur le côté, la langue pendante ; des caillots de sang séché adhéraient encore à son mufle écorché et ses paupières mi-closes laissaient entrevoir ses iris de feu. Sa longue queue, aussi forte et redoutable qu'une massue, se tordait dans un angle non-naturel. La gemme géante qui ceignait sa poitrine, et que portaient tous les drakones, avait éclaté en morceaux. De nombreuses écailles brisées parsemaient le sol autour du monstre.
L'animal semblait mort mais Krysos ne put s'empêcher de tenir fermement la main de Beryl, par crainte de voir le drakone bouger et se jeter sur eux. En s'approchant avec prudence, il distingua sur le corps de la bête de multiples blessures ; quelques pennes de flèches dépassaient de son cuir. L'animal avait eu affaire à forte partie. Les frères n'avaient jamais eu l'occasion de contempler une de ces bêtes d'aussi près, et, malgré la férocité que révélait son apparence, elle restait empreinte d'une certaine noblesse, même dans la mort.
En inspectant un peu les alentours, Krysos découvrit également cinq corps, ceux de soldats en armure dorée... La petite armée qu'ils tentaient de pourchasser avait fait une mauvaise rencontre et livré bataille au drakone, sans doute surgi des airs pour fondre sur eux. Ici, le charme protecteur de TigrEye ne faisait plus effet. Krysos ne savait pas s'il devait s'attrister du sort de ces hommes ou bien s'en réjouir.
Mais un autre dilemme s'imposa à lui : devait-il laisser ces cadavres exposés ainsi au soleil et pourrir sans trouver le repos dans la terre, ou bien prendre le temps de les ensevelir ? Krysos, comme tout ceux qui vivaient à TigrEye, vouait aux morts un profond respect, et l'idée de les laisser ainsi, même après ce qu'ils avaient fait aux siens, le répugnait grandement. Ces hommes n'avaient pas eu la moindre pitié en massacrant des innocents et en les laissant sans sépulture... Méritaient-ils qu'on se souciât d'eux ? Un peu à contrecoeur, Krysos se détourna : il ne pouvait pas gaspiller du temps, et surtout ses forces, dans une telle tâche. Ces hommes avaient rencontré leur destin, perpétrant la mort de leurs victimes et rencontrant finalement la mort à leur tour.
Krysos ne parvint pas à déterminer si la mort du drakone remontait à quelques heures ou à plusieurs jours ; il espéra que la troupe ennemie, peut-être un peu diminuée, ne se trouvait pas trop loin. Il ne voulait pas perdre leur trace, même s'il ne savait pas encore ce qu'il ferait s'il les rattrapait. Il retourna auprès de Beryl ; celui-ci essayait d'atteindre du bout de la lame d'une épée abandonnée la gemme pectorale de l'animal mort. Mais l'épée se révéla trop lourde pour lui et il la laissa finalement retomber. Les jumeaux laissèrent ce macabre décor derrière eux.
Ils finirent par prendre beaucoup d'altitude. Du point où ils étaient, ils pouvaient même apercevoir TigrEye, du moins ce qu'il en restait, un point fumant au fond d'une large dépression naturelle. Les hauts volcans gris aux pentes rocailleuses qui les environnaient ne s'étaient éveillés qu'une fois de leur vivant, mais pour une raison inconnue, Krysos craignait qu'ils ne crachent de nouveau leurs flammes ; cette fois, le village n'y survivrait pas.
C'est alors qu'une immense ombre accompagnée d'un grand bruissement d'ailes apparut au-dessus d'eux. Les deux frères se jetèrent à terre à l'instant où un grand drakone, bien vivant celui-ci, passait sur eux, le cou allongé, les griffes dehors, les ailes déployées au maximum, sa gemme pectorale rougeoyant. Il avait surgi d'au-dessus de la crête, et fonçait
maintenant vers la vallée. Il ne remarqua pas les deux jeunes gens à plat ventre ; son vol le porta bien loin, en bas, vers le village, au-dessus duquel il opéra un vol stationnaire, semblant attendre quelque chose.
Aussitôt, un autre drakone, encore plus grand que le premier, apparut au sud, et fondit également sur le village, suivit d'un autre congénère, et puis d'un autre. Jamais les deux frères n'avaient vu autant de drakones à la fois. Les énormes bêtes semblèrent s'engager dans un conciliabule, fait de grognements et de couinements. Puis, comme sur un ordre donné, ils se jetèrent sur ce qui restait du village. Tout ce qui n'avait pas encore brûlé succomba sous les feux démoniaques de ces monstres, qui balayaient de leurs queues massives les derniers restes de civilisation de ce coin de vallée. De leurs crocs, ils dévorèrent les corps restés là, comme de vulgaires proies, trop contents de ne pas se donner de peine...
Les deux frères se trouvaient loin mais voyaient parfaitement ce qui se passait, autant avec leurs yeux qu'avec leurs coeurs meurtris. Ils se prirent les mains et murmurèrent une prière silencieuse pour le repos des âmes des défunts, si cruellement profanés. De la fumée s'éleva de nouveau du village dévasté, et de temps en temps, un hurlement de drakone se faisait entendre. Krysos se mit à regretter le peu de pitié qu'il avait éprouvé pour l'un d'entre eux, peu de temps auparavant...
Jamais ces animaux ne s'étaient approchés du village du feu, quelque chose avait dû les appeler. Ou peut-être était-ce le pouvoir des prêtres qui avait protégé l'endroit jusqu'à maintenant, ou celui du temple, maintenant détruit... Krysos se désolait de ne pas avoir posé plus de questions à ce sujet à Ferypenda... Comme en réponse à l'attaque des drakones, un petit volcan éloigné cracha de la fumée dans le ciel clair ; un autre, plus éloigné mais bien plus grand, se réveilla à son tour de sa léthargie. Comprenant ce qui allait se passer mais ne voulant pas y assister, Krysos se détourna et entraîna Beryl dans la dernière partie du voyage.
La pente s'élevait, toujours plus haute et plus raide, et bientôt, ils durent même ramper afin d'avancer plus efficacement. Cette nuit-là, ils dormirent sous un gros rocher en surplomb, Beryl la tête sur les genoux de son frère. Celui-ci, tellement fatigué par l'effort de la journée, connu un sommeil absolu cette fois.
Le lendemain, ils se mirent en quête d'un peu d'eau. L'air était bien plus vif et plus pur aussi. Un ruisselet courait depuis le nord jusqu'à eux. Ils burent jusqu'à éclater cette eau délicieuse, dans laquelle il n'y avait aucune trace de cendre. Prenant leur courage à deux mains, ils entamèrent ce qu'ils espéraient être la dernière montée. Ils avaient repris des forces et ils trouvèrent même quelques racines comestibles sur leur route, qu'ils firent cuire en guise de petit déjeuner. Le village était loin à présent et même Beryl semblait avoir retrouvé un certain entrain. Krysos tendit la main à son frère afin de l'aider à passer un rocher coupant, et ils se trouvèrent alors tout à coup sur un terrain plat, derrière les montagnes qu'ils apercevaient autrefois de chez eux. Et ce qu'ils virent se révéla au-delà de tout ce qu'ils avaient pu imaginer...
Alors qu'ils n'avaient jamais connu que de la végétation rare et clairsemée, à leurs pieds s'étendaient des arbres. Une mer d'arbres. Ils connaissaient la mer, mais jamais ils n'en avait vu une constituée d'arbres, tellement serrés qu'on ne pouvait voir le sol. Tellement étendue qu'elle se perdait dans les brumes lointaines du nord. Un vol d'oiseaux passa au-dessus de leur tête et se posa quelque part dans cette verdure. C'était ce que Ferypenda avait appelé la forêt de Fayalyth. Leurs nez captaient des odeurs qu'ils ne connaissaient pas, et leurs oreilles se tendaient au doux bruit de chutes d'eau.
Leur calvaire était terminé. Ils avaient trouvé un endroit où la vie régnait en maître. Une vie inconnue pour eux, à découvrir, mais qui les appelait à venir partager ce miracle.
A la vue de tant de beauté, les deux frères manquèrent défaillir. Ils se prirent dans les bras l'un de l'autre et restèrent là, pendant un moment, trop émus pour dire ou faire quoi que ce soit d'autre.


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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Sam Déc 15, 2012 3:50 am

Serieusement, tu me tue à petit feu! ton histoire est très bien pensé et j'ai hate d'avoir la suite !!!! Ne nous laisse pas comme ça !

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Sam Déc 15, 2012 2:02 pm

Tu as tout lu jusqu'à présent ?!^^
Tu as peut-être une chtite critique à faire, que je puisse te situer dans mes lecteurs^^
Allez la suite, chapitre 2.

Citation :
Citation :

(Première Partie)

"La femme ne fut jamais pour moi que des paysages, que la rappeleuse d'heures, de pays et de paysages..."


Ils restèrent quelques temps au bord d'une rivière tranquille, dans laquelle nageaient des poissons multicolores. Jouer dans une onde aussi pure était quelque chose de nouveau pour eux ; ils se baignaient et se séchaient longuement au soleil, dormaient dans l'herbe touffue, parmi les fougères et les touffes de ciguës, et les ombelles curieuses se penchaient sur eux. Le chant des oiseaux ravissaient leurs sens, et les rayons du soleil, filtrés
par les branches des arbres, leur faisaient penser à des yeux géants qui les regardaient du ciel en clignant des paupières.
Mais rien n'était plus beau pour eux que les couleurs dont se parait la forêt la nuit tombée, toute de bleu, violet et blanc, caressée par les pâles rais de la Lune ; tout se transformait alors en un paysage mystérieux et onirique, où le chant des rossignols et le cri des chouettes en chasse se mêlaient par intermittence. Les jumeaux prêtaient alors l'oreille, les yeux fermés, et il leur semblait dans ces moments-là entendre la voix de Ferypenda qui les appelait tristement…
Alors qu'ils se reposaient après un copieux repas de poissons et de baies, un grognement sourd mais lointain se fit entendre derrière eux. Beryl se redressa en sursaut, et Krysos posa la main sur le pommeau de son épée. Les jumeaux prirent alors conscience que des créatures peu recommandables pouvaient se tapir dans cette forêt. Ils avaient d'ailleurs assez traîné en chemin. Krysos se rappela les soldats ennemis, toujours en marche...
Les jumeaux s'approvisionnèrent en baies et en fruits, laissant l'eau derrière eux, persuadés de trouver des sources sur leur chemin. Ils firent leurs adieux à la petite rivière calme, et partirent vers l'ouest. Krysos avait étudié l'itinéraire alors qu'ils se trouvaient encore sur la dernière crête des Pics Volcaniques : en suivant cette direction , ils finiraient par atteindre le rivage et en le longeant, ils arriveraient bien quelque part. Humant l'air, une odeur salée leur indiqua la proximité de l'océan.
Le puissant roulement des flots retentissait sur la vaste plage qui s'étirait vers le nord. L'océan était ici plus tumultueux qu'à TigrEye, et d'une couleur différente, du bleu du ciel et du vert des feuilles. Les vagues se pressaient sur le rivage désert, léchant les pieds des deux jeunes hommes. Cette immensité bleu-vert au souffle renversant les subjugua un temps ; ils jouèrent dans les vagues avec insouciance, s'émerveillèrent de la force de l'eau qui les repoussait sans cesse sur la plage, délassait leurs muscles et baignait les blessures de leur âme. Krysos nagea même assez loin vers l'ouest : aucune autre terre n'apparaissait à l'horizon. Il aperçut cependant les ailerons dorsaux de quelques créatures marines, et se dépêcha de revenir en arrière rejoindre Beryl.
Ils décidèrent de prendre par le nord et de suivre la côte. Ils marchèrent ainsi, entre forêt et mer, avec l'impression de se trouver à la lisière de deux univers différents, pas coupés l'un de l'autre comme l'avait été leur village et le reste du monde, mais qui se côtoyaient en harmonie ; les rouleaux d'eau salée venaient parfois recouvrir les racines des arbres et transformaient la plage en mangrove. Les arbres y étaient plus tortueux, leurs racines noueuses, et ils eurent fort à faire pour traverser cette zone. à un moment, Beryl se jeta sur son frère en tremblant, et prétendit qu'un arbre avait tenté de l'agripper. Krysos fronça les sourcils avec indulgence et lui conseilla de ne pas laisser vagabonder son imagination.
Ils mangeaient du poisson et buvaient de l'eau aux quelques sources qu'ils trouvaient. Krysos confectionna un harpon rudimentaire et apprit à bien se débrouiller avec. Mais le rugissement tonitruant de la mer rendait le sommeil difficile. Aussi lorsque la forêt se dispersa sur leur droite, faisant place à des terres herbeuses, les deux frères décidèrent de les traverser ; ils apercevaient des champs, et même des clôtures, signes d'une vie humaine dans les parages.
Ils distinguèrent sur leur route une curieuse proéminence rocheuse, qui émergeait du sol herbeux, entre deux bras de rivière. Il s'agissait en fait de l'entrée d'une caverne à moitié souterraine, dans laquelle ils se reposèrent un temps. Elle semblait vaste et se divisait en de nombreux tunnels après seulement quelques pas. Sur ses parois, on pouvait lire comme des signes gravés, ou des peintures anciennes. Des gemmes incrustées dans la roche scintillaient vaguement dans la pénombre. Ces symboles leur parurent familiers, mais ils restaient malgré tout incompréhensibles pour eux. Malgré leur curiosité, ils ne voulurent pas se risquer dans ces profondeurs inconnues et reprirent leur route.
Des fleurs sauvages poussaient dans des champs à peine cultivés, et Beryl courut de-ci de-là pour en cueillir de pleines brassées. Le jaune, le rouge et le blanc se mêlaient au vert des vastes pâturages, dans lesquels quelques bêtes apprivoisées, qu'ils n'avaient encore jamais vues, paissaient tranquillement. Un troupeau de quadrupèdes à la crinière volant au vent passa près d'eux, et Beryl, timide, leur tendit son bouquet de fleurs qu'ils broutèrent avidement. Krysos eut un rire silencieux et Beryl piqua alors une fleur rouge dans les cheveux de son frère ; celui-ci éclata franchement de rire cette fois.


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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Dim Déc 16, 2012 3:48 pm

Citation :
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(Seconde Partie)

Au loin, de la fumée s'élevait dans le ciel bleu. Triste présage ou signe de civilisation ? A tout prendre, les jumeaux se dirigèrent dans cette direction. Aucun bruit de bataille ou d'odeur de mort ne planait dans les environs. Des cheminées et des tours se découpèrent sur le ciel, et ils surent alors qu'ils arrivaient dans une ville d‘une certaine importance, ceinte de basses fortifications. Au premier coup d'œil, elle ne sembla pas très différente de TigrEye, hormis sa taille. Ici, ils trouveraient sans doute des informations sur ce qu'ils cherchaient.
à l'entrée, des hommes en armure légère les regardèrent passer non sans quelque intérêt. Ils ne leur posèrent pas de question sur la raison de leur venue. Cette ville sembla accueillante aux jumeaux, avec ses pavés et ses toits rose foncé. Les maisons, à un ou deux étages, étaient toutes constituées d'une pierre blanche rustique, et des fleurs pendaient des fenêtres à petits carreaux. Cette architecture inconnue leur plut beaucoup. Elle respirait la joie de vivre et la prospérité.
Et pourtant, de temps en temps, les frères croisaient dans une rue ou une autre des soldats en livrée très semblable à celle remarquée sur les hommes qui avaient dévasté TigrEye. Jugeant toutefois plus opportun de garder un profil bas, ils ne s'en firent pas la remarque.
Une grande place, entourée de maisons, bourrée d'activité, avec au centre une statue représentant un homme couronné, s'offrit alors à leurs regards : des femmes criaient joyeusement pour attirer les chalands vers leurs étals, des hommes faisaient cuire du pain dans des fours, l'odeur de broches parées de volailles en train de rôtir leur chatouillaient les narines. Des enfants couraient joyeusement autour des deux nouveaux-venus, jouaient à se poursuivre ou se roulaient sur le sol en feignant une bagarre. Des calèches élégantes, des charrettes remplies de marchandises en tout genre, des roulottes de diseuses de bonne aventure et des boutiques de toutes tailles jalonnaient la route. C'était sans conteste une cité importante.
Les jumeaux n'avaient jamais évolué au milieu d'un tel mouvement, d'une telle agitation. Aussi ouvraient-ils grand leurs yeux écarlates afin de ne rien manquer de ce spectacle nouveau. Tout paraissait si étrange, et pourtant si familier, comme si les gestes et actes du quotidien prenaient ici une couleur différente de celle que TigrEye. Tout était plus rapide et plus bruyant.
Beryl voulut se saisir d'une pomme qui trônait avec d'autres sur l'étal d'une bonne grosse femme, mais celle-ci se mit à l'invectiver avec force :
« Eh, jeune homme ! Ce n'est pas gratuit ! »
Beryl eut peur et reposa la pomme, ne sachant quoi faire. Son frère vint à son secours :
« Excusez-le. Que puis-je faire pour vous en échange de cette pomme ?
— Me payer, pardi !
— Comment puis-je vous... payer ? »
Krysos n'avait jamais entendu ce mot auparavant dans un tel contexte.
« Avec de l'argent ! Mais d'où vous sortez, vous deux ?! Allez, du balai ! »
Les deux frères s'éloignèrent, le dos rond, comprenant qu'ils n'avaient pas fini de faire le tour des choses qui leur étaient inconnues. Ils se reposèrent sur un banc et regardèrent attentivement les gens autour d'eux : ceux-ci échangeaient les denrées des étals contre des espèces de morceaux de métal. Krysos comprit que c'était ce que la femme avait appelé argent. Visiblement, on ne pouvait rien obtenir ici sans ce sésame. A TigrEye, les habitants s'échangeaient des choses contre d'autres, mais à quoi pouvaient bien servir ces objets en métal ? Cela ne se mangeait pas…
Il s'avança de nouveau vers la femme à l'étal de pommes :
« Excusez-moi, mais où peut-on trouver de l'argent ?
— Va donc à la taverne, petit. Tu m'as l'air assez costaud », apprécia la bonne femme. Elle le détailla brièvement, en s'arrêtant plus longuement sur sa longue chevelure blanche. « Tu trouveras bien quelqu'un qui a besoin d'un coup de main.
— Je dois aider quelqu'un et on me donnera de l'argent, c'est ça ? demanda naïvement le jeune homme. C'est une récompense ? »
Cette fois, la notion lui était familière.
« Si on veut. J'ai du travail, moi, alors ouste ! »
Les jumeaux comprirent qu'une taverne était un lieu de réunion pour les habitants de la ville, il y en avait eu un à TigrEye, mais celui dans lequel ils entrèrent était bien plus grand et plus bruyant : des serveuses se faufilaient dans la salle avec des plateaux chargés, des hommes visiblement avinés criaient des choses que les jumeaux ne comprenaient pas toujours, des bruit de chopes qu'on vidait ou qu'on posait sur la table recouvraient le tout ; bref, un vrai capharnaüm. Les gens d'ici n'étaient pas très différents des habitants de TigrEye, tout au plus paraissaient-ils plus… affairés, plus pressés. L'alcool coulait à flot, et les jumeaux n'en avaient pas l'habitude, cette boisson étant restreinte à TigrEye. Toute cette agitation les mettait mal à l'aise, mais l'aîné se dirigea malgré tout résolument vers le comptoir :
« On m'a dit que je pouvais gagner de l'argent ici ! cria-t-il au gérant pour couvrir le bruit ambiant.
Celui-ci, les mains occupées à essuyer une assiette, le regarda avec une expression indifférente.
« J'ai besoin de personne. Pourquoi tu demanderais pas aux clients s'ils ont besoin de quelqu'un, mon garçon ? »
Krysos fit le tour de la salle des yeux, et nota dans un coin la présence de deux gardes en armure, qui semblaient en grande conversation avec deux jeunes femmes ; manifestement, cela se passait mal, car l'une des deux femmes, coiffée d'une imposante queue de cheval, leur tendait son poing devant le nez. L'un des deux hommes la saisit alors par le poignet et voulut l'emmener, mais l'autre jeune femme, une rousse portant un chapeau à plumes, sortit une dague de sa botte et en menaça le garde. En une seconde, l'ambiance de la salle changea : des hommes crièrent joyeusement en encourageant les protagonistes, mais les femmes sortirent avec de grands cris. Les serveuses allèrent se cacher sous les tables et le gérant, sortant de derrière son comptoir, leva les mains en geignant :
« S'il vous plaît, pas de bagarre dans mon établissement ! »
Mais les protagonistes semblaient prêts à en découdre. Présumant que les femmes étaient en difficulté, Krysos sortit son épée de son fourreau et la brandit en sautant par-dessus les tables afin de se retrouver aux côtés de la rousse.
« On dirait que vous avez besoin d'aide ! Si je vous tire de là, vous me donnerez de l'argent ? »
— Je n'ai pas besoin d'aide, merci ! rétorqua la rouquine, en le regardant avec mépris.
— Je crois bien que si ! »
Et la lame de l'épée s'enflamma, comme un faisceau de paille, presque jusqu'à la garde. La rousse fit un pas de côté, impressionnée malgré elle, et enfin, elle regarda vraiment l'homme au teint pâle et aux cheveux blancs qui, sans raison apparente, s'était présenté pour la sauver.
« Monsieur ! hurla-t-il à l'autre bout de la salle à l'adresse du barman. Je vous confie mon frère, qu'il ne lui arrive rien ! »
Et, aussitôt, il se mit à imprimer à son épée de grands moulinets, plus pour intimider que pour se battre, en arborant un large sourire devant les deux jeunes gardes médusés. Ils n'avaient pas du tout prévu de s'en prendre à un tel adversaire. Eux qui n'avaient jamais eu affaire qu'à des saoûlards ou des voleurs à l'étalage se rendaient compte que celui-ci leur poserait sans doute plus de problèmes. Les yeux rouges de Krysos, associées au feu crépitant, lui donnaient un air démoniaque. Celui qui avait maintenu le poignet de la femme à la queue de cheval le lâcha subitement et prit lui-même sa vieille épée ébréchée, mais la vue des flammes ardentes qui jaillissaient de la lame du jeune guerrier le fit reculer. Ils tentèrent bien quelques passes, mais, découragés devant l'air redoutable de leur adversaire et de son arme mystérieuse, ils battirent lâchement en retraite. La jeune femme qui accompagnait la rousse avait mystérieusement disparu sans laisser de trace.
« Et bien, s'étonna Krysos en passant sa lame dans sa ceinture, cela a été rapide. Je me serait attendu à plus de résistance. »
La lâcheté des deux hommes, qui n'avaient pas hésité à s'en prendre à deux jeunes femmes mais qui fuyaient devant un homme seul, l'amusait, mais il était aussi soulagé que les choses ne soient pas allées plus loin.
Tout le monde se calma et reprit plus ou moins ses esprits. Le gérant courut vers Krysos et lui secoua la main avec vigueur, le remerciant de son aide. Le jeune homme le regarda avec fierté :
« J‘ai chassé ces importuns de votre établissement, ça mérite bien une récompense ?
— Certes ! Vous l'avez bien mérité ! Chasser ainsi ces affreux gardes de chez moi ! C'était héroïque ! »
Il se précipita derrière son comptoir et fouilla dans une boîte, d'où il sortit quelques pièces de monnaie.
« Je ne peux pas vous donner beaucoup plus mais vous avez toute ma gratitude ! »
Beryl se précipita sur lui, et, comme un enfant, il se mit à tambouriner doucement sur le torse de son frère, l'air mécontent.
« Je sais, Beryl, le calma Krysos en écartant ses poings serrés, tu n'aimes pas quand je me bats, mais je n'allais tout mais je n'allais tout de même pas les laisser s'en prendre à ces femmes sans défense…
— Que tu crois, jeune loup ! Qui est sans défense ici ?! »
Les jumeaux se retournèrent et tombèrent nez à nez avec la jeune femme rousse, les poings sur les hanches, l'air hautain. Elle tapait du bout du pied sur le sol, comme si elle attendait une explication.
« Je sais me battre, figure-toi, seulement… ils m'ont prise par surprise, c'est tout, continua la jeune femme. Ces deux-là je les connais, ce sont des couards.
— Il est vrai qu'ils n'ont pas fait preuve de bravoure, admit Krysos, mais cela aurait pu mal tourner. Et votre amie, qu'est-elle devenue ?
— Ne t'en fait pas pour elle, elle sait se débrouiller », répondit la rouquine, un sourire en coin.
Krysos détailla la jeune femme des yeux : hormis sa chevelure rousse qu'on voyait du premier coup d'œil, elle portait un chapeau à plumes, des bottes de marche qui avaient visiblement bien servi, et une cape noire doublée orange à l'intérieur, retenue à l'épaule par une fibule représentant un instrument à cordes. A sa hanche pendaient une flûte et un petit sac de voyage. Elle avait une voix autoritaire qui contrastait avec son apparence frêle. Ses sourcils étaient froncés, mais on ne lisait pas de colère dans ses yeux ambrés, seulement un léger amusement. Krysos en fut un peu vexé…
Elle reprit la parole en montrant la porte du doigt :
« Et si nous partions d'ici avant que les autres ne décident de revenir en force ?
— Bonne idée », approuva Krysos, et prenant son frère par la main, ils sortirent en vitesse.
Juste à temps : une autre escouade de gardes entrait dans la taverne au moment où ils se glissaient tous trois dans une ruelle sombre.

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Lun Déc 17, 2012 1:43 pm

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(Troisième Partie)

La jeune femme observa à son tour attentivement les jumeaux. Elle sembla particulièrement intriguée par leur aspect physique. Krysos en déduisit qu'elle n'avait sans doute jamais vu de personnes comme eux.
« D'où venez-vous tous les deux ? Vous n'êtes pas d'ici, ça se voit…, demanda-t-elle, curieuse.
— Je suis Krysos, et voici mon frère Beryl, répondit le jeune guerrier en plaçant son frère devant lui. Nous sommes les seuls survivants de notre village, TigrEye, qui a été..
— Vous venez de TigrEye !? s'écria la jeune femme. Vous avez traversé les montagnes jusqu'ici ? Je pensais que c'était impossible pourtant.
— Nos assaillants l'ont fait aussi. Ils ont... tué tout le monde, et ils sont repartis. à leur tête, il y avait une femme en armure dorée… »
La rousse sembla prendre le temps de réfléchir.
« ça me dit quelque chose. Ils sont passés non loin d'ici récemment, sans s'arrêter. Tout le monde les a remarqués…
— Dans quelle direction allaient-ils ? Je dois le savoir !
— Du calme, mon tout beau, parle-moi de TigrEye : c'est vrai qu'il y a des drakones ?
— Je vous raconterais tout ce que vous voulez si vous me dites où ils sont allés !
— Arrête de me vouvoyer, je ne suis pas assez vieille pour ça. Et je m'appelle Amber. »
Elle posa ses poings sur ses hanches, une position qu'elle semblait adopter souvent.
« Vous venez de TigrEye, alors. Le monde doit vous paraître bien grand. Vous avez de la chance d'être arrivés jusqu'ici vivants. Avec tous ces aya qui rôdent en ce moment…
— Qu'est-ce qu'un aya ? interrogea Krysos.
— Une méchante grosse bête possédée par la magie » , répondit Amber en faisant des geste menaçants avec ses doigts. Elle se moquait ouvertement de son ignorance. « Ils étaient plutôt rares dans le passé, mais il semble qu'ils se multiplient ces temps-ci… Dans la forêt de Fayalyth, il y en a un vraiment démoniaque, paraît-il… »
Elle contourna Krysos et regarda Beryl, qui s'était caché derrière son frère. Elle ressentit un certain malaise à supporter le regard sans pupille du jeune muet.
« Il ne parle pas beaucoup, ton frère… Vous êtes toujours collés ensemble ?
— Beryl ne parle pas. Et il n'a pas encore de Don, c'est pour ça que je dois veiller sur lui.
— Pas de Don ? A son âge ? Voilà bien quelque chose de curieux dont je n'avais jamais entendu parler. C'est pas très…. normal … »
Krysos s'interposa entre Amber et son frère et la repoussa méchamment.
« Il est normal !! Alors arrête de le regarder comme si c'était un monstre !
— Ca va, ça va, je ne lui veux pas de mal, à ton petit bout de chou ! »
Elle s'approcha de Krysos et toucha le pommeau de l'épée de feu. Le jeune homme eut un geste de recul.
« Elle est formidable, cette épée. Je n'en ai jamais vue une de la sorte, apprécia-t-elle en sifflant. Est-ce une nouvelle technologie ?
— Une nouvelle... de quoi parles-tu ? »
Krysos ne voyait pas où elle voulait en venir.
« Un de ces nouveaux engins que l'Empire met en ce moment sur le marché.
— Je ne sais pas ce qu'est l'Empire, et cette épée m'a été donnée par ma tutrice quand j'ai eu onze ans, expliqua Krysos en laissant Amber examiner son arme. Mais elle est assez lourde et j'ai dû attendre quelques années avant de... Attention ! ne la prends pas, tu pourrais te brûler ! »
L'épée de feu avait une longue poignée en acier, sertie d'un rubis sur l'une de ses faces ; sa lame était droite, mais près de la pointe, elle se recourbait légèrement vers le haut. Son fil était acéré et de la couleur du bronze.
« Qu'est-ce qu'un gamin comme toi peut bien faire avec une arme comme celle-là ?... », soupira-t-elle, plus pour elle-même que pour son interlocuteur.
Amber s'adossa au mur derrière elle, les bras croisés, jaugeant les deux jeunes hommes du regard. Krysos avait adopté un air renfrogné : il avait parfaitement entendu Amber le qualifier de gamin...
« Ecoute, commença la jeune femme, je veux bien te dire où sont partis les soldats à condition que tu me racontes des histoires de ton village ; ça m'intéresse.
— Et pourquoi tant de curiosité ? »
Elle tapota la flûte qui pendait à sa hanche.
« Je suis barde, tu vois : j'écoute des histoires, et je les raconte à d'autres. écouter, c'est ma spécialité.
— Tu parles aussi beaucoup…
— ça va ! rétorqua-t-elle avec exaspération. Alors, c'est d'accord ? Tu me racontes tout ce que je veux savoir et je t’indiquerai en échange où ils sont allés.
— Ce serait trop long, nous n'avons pas le temps, si nous voulons les rattraper… Au fait, comment s'appelle cet endroit ? demanda Krysos.
— Tu te trouves à Krysopras, la ville la plus au sud de Zyrconia… Enfin, maintenant que TigrEye n'est plus… »
Les jumeaux baissèrent les yeux devant cette évidence.
« Qui étaient ces hommes en armure ? demanda Krysos tout bas. Elles ressemblaient à celle des hommes qui ont... attaqué notre village… Les gens d'ici n'ont pas l'air de beaucoup les apprécier.
— Ce sont des soldats de l'Empire, de sacrés froussards quand ils sont seuls, lui répondit Amber sur le même ton. Ils ont tendance à se croire chez eux partout et ils abusent de leur pouvoir. Un jour, Krysopras éclatera...
— Pourquoi s'en prenaient-ils à toi et à ton amie ?
— Disons que nous n'avions pas le même point de vue sur le rôle des forces de l'ordre. Cela les a un peu énervés... »
Amber se rapprocha de Krysos qui se pencha vers elle pour écouter ses confidences.
« Il y a pas mal de mouvements de troupes en ce moment, dans le pays. On dirait que l'Empire prépare quelque chose, du moins est-ce de que les gens racontent, dit Amber, comme pour elle-même. Sans compter les aya. Voyager seulement tous les deux pourrait être dangereux. La région n'est pas sûre pour des nouveaux-venus comme vous.
— Tu as l'air de bien connaître la région..., remarqua Krysos.
— Je parcours ce monde depuis mon enfance. Disons que j'en sais plus que bien des gens. »
Krysos se gratta la tête, une idée lui venant soudain à l'esprit.
« Mon frère et moi ne connaissons pas ce qui se trouve au-delà de ce village. Nous aurions bien besoin d'un guide... »
Amber adopta une expression malicieuse, preuve qu'elle avait déjà anticipé la demande du jeune homme.
« Et qu'est-ce qui pourrait bien me donner envie de voyager avec vous deux ? Tu as suffisamment d'argent pour payer mes services ?
— Je ne sais pas, mais en échange, je te dirai tout ce que tu veux savoir sur TigrEye, comme tu me l‘as demandé. Si nous faisons route ensemble, nous aurons le temps de parler. Je veux juste retrouver la piste de ces soldats. Ensuite tu t'en iras... si tu veux. »
La jeune femme se caressa le menton, pesant le pour et le contre.
« J'avais l'intention de quitter les lieux de toute façon, conclut-elle. Je peux bien faire un bout de chemin avec vous vers l'ouest.
— C'est entendu dans ce cas ! » s'enthousiasma Krysos, ravi d'avoir trouvé un peu d'aide dans ce monde inconnu.
Ils se serrèrent la main. Amber sortit de la ruelle et ses cheveux roux flamboyèrent au soleil, aveuglant momentanément Krysos.
« Les soldats vont fouiller toute cette zone. Il n'est pas bon de rester ici, l'informa Amber.
— Comment le sais-tu ?
— Je les ai entendus, là-bas, dans la taverne.
— Mais comment peux-tu ?…
— Je te l'ai dit : écouter, c'est ma spécialité. On y va ? »
Et elle détala à toute vitesse. En revenant sur la place du marché, Krysos s'arrêta devant l'étal de pommes. Il en prit une, donna quelques piécettes à la marchande et offrit le fruit à Beryl, en souriant de toutes ses dents.

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Mar Déc 18, 2012 1:53 pm

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(Première Partie)

"L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient..."


La végétation se clairsemait graduellement à mesure qu'ils avançaient vers le nord-ouest. Sur le conseil d'Amber, ils évitèrent les abords de la forêt, dans lesquels pouvaient se cacher des bêtes féroces. Des grognements de mauvais augure s'y faisaient régulièrement entendre. Quand cela se produisait, Amber plaquait ses mains sur ses oreilles avec une expression de profonde indisposition.
La jeune barde était assez douée pour le pistage, et elle les guida dans un premier temps en se repérant aux traces qu'une troupe d'une certaine importance pouvait laisser derrière elle : feux de camp, débris en tous genre, traces de pas... Ils se dirigeaient vers le nord-ouest. Elle se révéla d'un tempérament plutôt enjoué, et souvent de bonne compagnie, mais Krysos n'appréciait pas la façon dont elle se moquait parfois de Beryl. Dès qu'elle en avait l'occasion, elle le taquinait même lui aussi sur sa propension à materner son frère, et cela l'insupportait. Krysos essayait toujours dans ces cas-là de détourner la conversation en lui demandant de lui conter quelques histoires de Zyrconia. Alors, elle prenait sa flûte, et entre quelques notes scintillantes, elle narrait les récits des temps jadis : comment le vaillant empereur Azuryth avait repoussé la grande vague d'aya qui avait déferlé au nord ; comment le redoutable héros Bustam avait tenu le siège imposé par l'ennemi à son village, AguaMarina, semant la panique parmi des guerriers plus aguerris que lui ; et la façon on ne peut plus chevaleresque dont le roturier Chamber avait enlevé sa belle, la fille aînée d'Azuryth et princesse de SolaPiair, pour aller vivre comme des parias dans la forêt de Fayalyth, il y avait bien une vingtaine d'années de cela.
Elle leur parla de la prise de pouvoir de l'actuel empereur, Diaman, sur laquelle courait tout un tas de rumeurs peu glorieuses ; de la manière dont il trompait régulièrement son peuple, qui, mécontent, avait déjà créé quelques cellules de rébellion dans la capitale, SolaPiair.
« Diaman…, murmura Krysos, réfléchissant. C'est le chef des soldats qui ont détruit mon village, alors ?
— On peut dire ça, lui répondit Amber. La femme que tu as vue était sûrement une de ses sbires.
— C'est avec lui que j'ai affaire dans ce cas.
— Ne rêve pas, se moqua la jeune femme. Il n'y a aucune chance que tu puisses l'approcher : c'est un empereur, pas un vulgaire chef de village. Et il est entouré de courtisans et de soldats pour le défendre. Comment ferais-tu tout seul ?
— Je trouverai bien un moyen… », décida Krysos.
Ils campaient régulièrement, à la lueur de feux de bois ou à l'ombre de gros rochers et d'arbres isolés. Krysos s'inquiéta un peu du changement de terrain : les fleurs des champs avaient maintenant complètement disparues et le sol était constitué d'une terre sèche et assez aride. Le vent s'était aussi levé, comme s'ils avaient grimpé sur une hauteur, alors qu'ils se trouvaient toujours plus ou moins au niveau de la mer. Enfin, Krysos posa la question à Amber :
« Où nous emmènes-tu exactement ?
— Et bien, dans une direction que j'ai déduite : les soldats se dirigeaient vers le nord-ouest quand ils ont quitté Krysopras et ils ne semblent pas avoir dévié sur plusieurs kilomètres. Or, des soldats impériaux devraient en toute logique se diriger vers SolaPiair ; s'ils ont pris la direction de l'ouest, c'est qu'ils ont quelque chose de précis à y faire ; et dans cette direction, la seule chose digne d'intérêt, c'est le village élémentaire de LazuLapi.
— Le village… élémentaire ? », répéta Krysos, incrédule.
Cela lui rappelait bien quelque chose et il essaya de se remémorer ce qu'on lui avait appris à l'école... en vain, car il n'avait jamais été très assidu...
« Oui, comme ton village de TigrEye. Sauf que celui-ci est quand même plus facile d'accès. Enfin, si on parvient à survivre au désert. Et ils vénèrent le vent là-bas, à ce qu'on dit. Je n'y suis jamais allée.
— Comment sais-tu que nous sommes sur la bonne voie alors ?
— J'ai dit que je n'y étais jamais allée, pas que j'ignorai comment y aller, rectifia Amber en secouant le doigt. Fais-moi confiance, je ne vais pas vous abandonner dans le désert, toi et ton petit bout de chou.
— Ca suffit !… », s'énerva le jeune homme.
Amber éclata de rire.
A l'écart, Beryl écoutait la conversation des deux jeunes gens. Quand il entendit Krysos hausser la voix pour tenter de le défendre, il baissa la tête, et dans ses yeux on pouvait lire un grand vide, comme si son cœur s'était soudain rempli d'une culpabilité impossible à effacer.

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Mer Déc 19, 2012 2:22 pm

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(Seconde Partie)

Cela faisait bien quatre jours qu'ils marchaient sur les conseils d'Amber, et encore aucun signe du village de LazuLapi. L'eau commençait à se faire rare, même s'ils prenaient soin de remplir au maximum l'outre d'Amber dès qu'ils le pouvaient. La nourriture également commençait à se raréfier, bien que les lézards grillés et les rats en brochettes ne soient pas si mauvais. Le trio dut se rendre à l'évidence : ils étaient perdus.
Malgré tout, les yeux au loin et les oreilles tendues au moindre son, Amber leur sourit ; elle avait entendu le bruit d'une caravane de marchands qui arrivait dans leur direction. S'ils continuaient de marcher sur un kilomètre, ils finiraient par la rencontrer.
« Les marchands ambulants sont de bonnes âmes, ils nous aideront sûrement », commenta Amber.
La perspective d'un peu de nouveauté dans cette solitude fut agréable à Krysos, et Beryl se réjouit à la pensée de l'eau et de la nourriture.
La caravane, constituée de chariots tirés par des bovins du même genre qu'on pouvait trouver à TigrEye, revenait d'un mois de voyage dans tout Zyrconia. Ces gens, qui partaient avec leur famille, passaient le plus clair de leur temps sur les routes pour vendre leurs marchandises. Ils connaissaient les dangers de telles expéditions mais aussi toutes les rumeurs et ragots qui couraient dans le monde. Et ils savaient observer. Quand Amber les arrêta pour leur demander s'ils avaient vu une petite armée impériale dans les parages, les voyageurs leur confirmèrent ce dont ils se doutaient : une cohorte en armes traversait en ce moment même le Désert des Vents Sacrés, vers le plein ouest. Elle avait même réquisitionné une partie de leurs vivres et de leur eau.
Le jour tombait, et les marchands ambulants établirent leur camp pour la nuit. Au loin on apercevait encore la lisière de la forêt de Krysopras, but final de la caravane. Les trois aventuriers décidèrent de passer la nuit avec eux ; maintenant qu'elle savait où se diriger exactement, Amber assura Krysos qu'ils ne se laisseraient pas trop distancer par les soldats de l'Empire.
Au milieu de cette plaisante compagnie, les aventuriers entendirent d'autres histoires, des légendes parfois mais aussi des faits récents, complétant les dires d'Amber. Krysos comprit que la révolte grondait un peu partout à Zyrconia, car l'empereur prélevait des impôts monumentaux afin de financer ses usines de guerre. De nouvelles armes sophistiquées avaient été mises sur le marché, dont le bénéfice revenait en grande partie à l'Empire. Quelques marchands avaient réussi à se procurer de ses merveilles au port d'Akroïth.
Le meneur de la petite caravane, un dénommé Kieser qui voyageait avec sa femme, sa vieille mère et ses deux fils, leur montra sa dernière acquisition : une arme capable de lancer des projectiles mortels à une grande vitesse. Il leur en fit la démonstration en tirant sur une bouteille à quelques pieds de distance. La détonation brève résonna tout autour d'eux.
« Bien sûr, il faut la recharger à chaque coup, commenta-t-il, mais ça reste extraordinaire. Ce genre d'engin risque bien de changer le visage de la guerre. »
Krysos, impressionné, prit l'arme dans sa main et la soupesa. Cela ressemblait à une grosse branche évidée, vernie et agrémentée de décorations dorées, avec une petite gâchette, un peu comme sur son épée. Beryl, lui, ne voulut pas y toucher, et manifesta même un véritable dégoût à cette idée. Après avoir rendu l'arquebuse à Kieser, Krysos lui montra son épée et lui demanda s'il en avait aperçue une de ce genre quelque part. Le marchand inspecta l'arme sous tous les angles, puis la lui rendit en disant qu'il n'en avait jamais vue.
Ils s'assirent tous en cercle autour d'un grand feu de camp et partagèrent boisson et nourriture. Les femmes faisaient sauter leurs enfants sur leurs genoux et les hommes tournaient sur les flammes de gros quartiers de viande. Leurs rires étaient francs et prompts à s'exprimer. Cette ambiance familiale réchauffa le coeur des jumeaux et ils oublièrent pour un temps le massacre de TigrEye, perpétré par les gens de l'extérieur ; seuls leur revenaient les souvenirs de fête, de veillée, de longues discussions au coin de l'âtre avec Ferypenda, quand lui, Beryl et tous leurs amis se rassemblaient à la nuit tombée autour de la prêtresse-mère afin d'écouter ses histoires. Ces gens étaient-ils vraiment de la même espèce que ces infâmes soldats qui avaient tué sans aucune pitié ? Ces mères attentives, prévenantes, au large sourire sur leur visage creusé par une vie de voyages, avaient-elles quoi que ce soit en commun avec la guerrière à la natte d'or qui leur avait volé leur vie ? Une petite tête blonde courut vers son père qui lui tendait les bras ; Krysos, qui n'avait jamais eu de père, se de
manda ce qu'on pouvait ressentir à voir se refléter son image dans les yeux d'un être qui vous a donné la vie... Il vit en pensée un homme grand, fier et fort, aux cheveux de neige et aux yeux rouges tout comme les siens... et cette image se changea en celle de Beryl. Il était la seule famille qui lui restait, la seule qu'il ait en fait jamais eu...
De la musique commença à se faire entendre. Avant de se coucher, les marchands itinérants finissaient toujours la soirée en chansons et danses, par traditions. Des enfants sautaient et couraient autour d'un homme grand et brun de cheveux, qui portait une courte barbe noire frisotée agrémentée de rubans colorés, en lui demandant avec des cris de joie :
« Papa Actino ! Chante-nous encore la chanson de Morden !! »
Papa Actino baissait alors les yeux vers eux avec bienveillance et leur répondait invariablement :
« Mais vous la connaissez déjà tous ! N'en avez-vous donc pas assez ?
— Nooon ! Tu la racontes si bien ! Nous voulons encore l'entendre ! »
Krysos, ravi d'entendre une histoire dont il n'avait pas connaissance en si bonne compagnie, leva timidement la main :
« Moi et mon frère, nous ne la connaissons pas. Nous aimerions bien l'entendre. »
Papa Actino rendit alors les armes devant l'insistance de son auditoire ; il siffla brièvement entre ses doigts et jeta au groupe de musiciens :
« Eh là ! Bari ! Calo et Dato ! Jouez-moi le thème de Morden ! On ne s'en lasse pas ! »
Les musiciens interpellés entamèrent alors une mélodie où se mêlaient joie et amertume. Papa Actino s'éclaircit la voix tandis que tous faisaient cercle autour de lui ; enfin, son chant grave et profond s'éleva dans le ciel noir, vers la Lune blafarde :

Morden Nambu était un marin
Intrépide et d'esprit vagabond
Il scrutait du haut des monts
Le bel et vaste océan sans fin.

Un jour il cria avec force aux siens

« J'ai vu une terre à l'horizon ! »
Mais aucun de ses incrédules voisins
Ne put partager sa glorieuse vision.

Sûr et certain de sa découverte,
Il voulut au plus vite partir sur la vaste mer
Afin de troquer son petit pays amer
Contre une terre plus belle et plus verte.

Son épouse terriblement éplorée
Le supplia en vain de rester

« En arrière vas-tu laisser
Ta femme et ton fils nouveau-né ? »

« Que l'attente point ne t'afflige,
Répondit-il d'un ton d'enthousiasme
Car cette terre où je me dirige
N'est pas un mien fantasme. »

Alors il mit à l'eau son beau voilier
Aux voiles blanches, bleues et indigo
Et fit route vers le nord inexploré
En chantant gaiement
« Ho ! Hissez ho ! »

Morden Nambu ne revint jamais
De son voyage sur le vaste océan
Et son nom aujourd'hui ne s'entend
Plus que dans les chants et les lais.

Fût-il dévoré par une créature marine
Aux crocs acérés, à la langue serpentine ?
Ou repose-t-il sur une plage déserte,
En un lieu où la terre est plus belle et plus verte ?

Au loin vers le nord, en écoutant les flots,
On entend encore son
« Ho ! Hissez ho ! »
Et Zyrconia se dit alors, en liesse :
« Morden vit au pays de l'Eternelle Jeunesse. »

Krysos avait fermé les yeux et il lui sembla, à son tour, entendre dans le vent le « ho ! hissez ho ! » de Morden le marin. L'histoire de cet homme qui avait décidé de partir à la recherche d'un rêve, d'une terre imaginaire, l'avait ému. Beryl s'était un peu assoupi contre son épaule et son souffle lent et régulier lui rappela le bruit des vagues sur la plage.
« Je la connaissais, celle-là ! s'exclama Amber, brisant son indolence.
— Morden Nambu a-t-il vraiment existé ? demanda Krysos.
— Je ne sais pas. à mon avis, il est juste un symbole de tous ces gens un peu inconscients qui se sont lancés sur la mer afin de trouver cette fameuse terre de l'Eternelle Jeunesse.
— Quelle est-elle exactement ?
— Un vieux mythe, faisant référence à un monde hors du temps, où la vieillesse et la mort n'existent pas, soupira Amber, un vague sourire aux lèvres. Je ne pense pas que cela soit vrai, tu imagines, ne jamais mourir ? Ha ha ! »
Krysos reporta son attention sur les enfants qui s'étaient précipités sur Papa Actino afin de demander une autre chanson.
« En tout cas, ces marchands ambulants connaissent nombre d'histoires. J'ai beaucoup aimé celle-ci.
— C'est grâce à eux si les nouvelles vont si vite à Zyrconia, lui répondit la jeune femme. Ils sont un peu notre mémoire et je suis sûre qu'ils gardent pour eux des contes et légendes que tous ont oublié... »
La musique adopta un rythme plus rapide et plus joyeux et de nouvelles voix jaillirent pour narrer d'autres aventures. Leurs chants parlaient des joies passées mais aussi des peines à venir, des récoltes abondantes, des enfants qui jouaient dans les champs, de l'espoir en l'avenir, en des jours meilleurs. En les écoutant chanter ainsi, Krysos se sentit alors lié à eux, comme s'il avait toujours fait partie de ce monde et de ce peuple qu'il découvrait à peine. Ils étaient différents mais avaient les mêmes préoccupations simples, les mêmes besoins, les mêmes désirs. Les réjouissances lui firent monter les larmes aux yeux, et il cacha son visage de son bras en se penchant vers Beryl. Tout était nouveau mais tout leur rappelait TigrEye. Ce sentiment de continuité, de limite franchie, de barrière abattue, cette sensation de faire partie d'un tout immuable, submergea les deux frères. Remarquant leur émotion mais ne voulant pas qu'ils gâchent la fête, Amber attrapa Krysos par la main pour lui faire rejoindre la danse.


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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Lun Déc 24, 2012 3:43 pm

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(Troisième Partie)

Krysos se demandait comment pouvait être le village du Vent, s'il ressemblait au leur, si les habitants vivaient comme ceux de TigrEye. Les yeux levés rêveusement vers la voûté étoilée, il contemplait la Lune, si énorme car si proche. Il avait remarqué que quand ils se dirigeaient vers le nord, elle devenait plus grosse. Ils avaient commencé à se diriger franchement vers l'ouest, et elle avait déjà un peu diminué. Mais elle était toujours très grosse, au-dessus de leur tête, si énorme qu'on pouvait croire qu'elle était prête à tomber sur le monde. En plissant les yeux, le jeune homme eut même l'impression de distinguer, à sa surface, comme des reliefs étranges, des craquelures et des dentelures, un paysage lunaire…
Se secouant, il se tourna sur le côté et se dit que c'était vraiment une idée stupide.
Placé comme il l'était, il pouvait observer Beryl, endormi, les poings fermés près de son visage. Il avait senti un changement chez son frère ces derniers temps, une émotion qu'il n'aimait pas trop. Beryl sembla sentir ses pensées, car il ouvrit les yeux et le regarda à son tour. Son frère lui sourit.
« Ne t'en fais pas, ça va, je me posais juste des questions… », commença Krysos, voulant couper court aux interrogations muettes de son frère.
Beryl le fixa avec insistance et une de ses mains vint se poser sur celle de son jumeau.
« Je pensais au voyage, à la Lune… et à toi, c'est vrai. Tu n'as pas l'air très heureux en ce moment. Après ce qui s'est passé, je peux le comprendre. Mais c'est à cause de ce qu'elle dit sur toi, n'est-ce pas ? »
Beryl n'acquiesça pas, mais il baissa les yeux, gêné.
« N'écoute pas ce qu'elle dit. Un jour, tu auras un Don, comme tout le monde, et je suis sûr aussi que j'aurai l'occasion d'entendre le son de ton rire. »
Son jeune frère se recroquevilla et ses yeux s'emplirent de larmes.
« Eh ! Tu n'es pas un poids pour moi ! protesta Krysos, triste que son frère ait pu le penser. Je m'occupe de toi parce que j'en ai envie ! Tu as besoin de moi, tu es mon frère, c'est normal que je le fasse ! »
Conscient qu'il avait haussé le ton, et que la nuit était silencieuse, il baissa la voix. Il entendit Amber bouger dans son sommeil.
« Qu'importe ce qu'elle dit. Elle ne sait rien de nous. Quand le moment sera venu, tu voleras de tes propres ailes. Et je serai là pour le voir ! »
Il s'approcha un peu de Beryl, qui avait arrêté de sangloter, et l'entoura de ses bras. Son frère se laissa faire et s'assoupit presque immédiatement.
Il ne laisserait pas cette femme faire du mal à son frère. Il allait lui dire clairement ce qu'il pensait de sa façon d'agir. Et pourtant, au fond de son cœur, si profond que même son frère ne pouvait s'y aventurer, les mots d'Amber trouvèrent une résonance. « Et s'il ne changeait jamais ? S'il restait toujours comme ça ? Tu devras rester avec lui pour toujours ? Au risque de passer à côté de ta propre vie ? »
Chassant ses pensées qui le torturaient, il ferma les yeux et envoya à son frère de doux et tendres rêves. Amber, de son côté, n'avait pas eu besoin de changer de position pour entendre toute la conversation chuchotée, aussi clairement que si elle s'était trouvée entre eux deux.

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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Ven Jan 11, 2013 7:57 pm

j'ai pas encoore lu le troisieme chapitre, mais je em demandais, le chapitre 1 il fait combien de page word?

d'Ou as-tu tiré cette histoire?
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MessageSujet: Re: ~ Gemminy ~ récit de science-fantasy   Ven Aoû 30, 2013 10:29 pm

Ca vient d'un rêve très court que j'ai fait, je serais bien en peine de te le décrire car il s'agissait plus d'impressions et de ressentis.
Je ne compte pas en nombre de pages mais en nombre de mots, et le chapitre 1 est loin d'être le plus long, il doit faire environ 5000 ou 6000 mots, le chapitre 21, que j'ai finit il y a peu en fait... 24 000 XD

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