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 Le début de mon (court roman)

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Tenzer



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Date d'inscription : 22/09/2012

MessageSujet: Le début de mon (court roman)   Sam Nov 24, 2012 2:34 pm

Bonjour à tous cheers

Tout d'abord, je voudrais m'excuser de mon inactivité sur ce forum durant ces derniers temps, mais j'ai eu très très peu d'occasions de venir ici.
J'aimerais vous soumettre ici le prologue de mon roman (sans titre pour l'instant) ainsi que le chapitre 1 et 2. Je suis la recherche de critiques honnêtes et constructives. J'avais déjà publié le prologue sur doctissimo, il paraitra donc sans doute familier à certains Wink malheureusement, je n'ai pas eu le temps d'appliquer tous les conseils d'amélioration que j'ai eu ce jour là (même s'ils étaient très perspicaces)
Je sais que mes textes ne sont pas assez travaillés en ce qui concerne certains passages, ce n'est pas lié à la flemme (bien que je sois flemmard Wink) mais plutôt à un manque d'inspiration. Bref, j'arrête de tourner en rond, je ne voudrais pas vous enlever l'envie de me lire avant même d'avoir commencé study

PROLOGUE:

21 mars 1789, royaume sahrasin, Mehyrawn (capitale)

Aussi excellent que tu sois, je suis meilleur.
Cette inscription gravée au-dessus de l’entrée de la villa donnait un avant-goût de la mentalité de son habitant. Estrella Del Mar détacha son regard et s'avança à pas prudents. Les deux gardes placés de part et d'autre de la grande porte en ébène l'observaient du coin de l'œil. La journaliste se racla la gorge.
- Qu’est-ce que vous cherchez ? Le seigneur Norsk n’aime pas être dérangé ! Ouste ! l’interpella celui de droite.
Celui de gauche lâcha un soupir exaspéré.
- Vous êtes la journaliste du Petit Sahrasin? demanda-t-il en ignorant son collègue.
- Exact, Estrella Del Mar.
- Je suis Zakariah Seïd, de la garde personnelle de Tom Norsk, se présenta-t-il en lui tendant une main qu'elle s'empressa de serrer. Nous vous attendions, hein, Chahid?, ajouta-t-il d'un ton sévère à l'intention de son camarade.
- J’étais pas au courant, grogna le prénommé Chahid.
- Ça a été précisé pendant la réunion pourtant…
- Quelle réunion ?
Zakariah leva les yeux au ciel avant d'inviter la journaliste à le suivre. La jeune femme lui emboita le pas sans hésiter, heureuse d'échapper à la chaleur assassine du soleil.
- Excusez l'accueil bâclé, cela fait trois semaines que Tom l'a cloué dehors. Le soleil commence à le rendre dingue et à lui faire perdre la mémoire.
- C'est un peu cruel, non ?
- Une peccadille quand on connait Tom…
Estrella l'écoutait d'une oreille distraite, trop occupée à admirer l'intérieur de la villa. Elle était aménagée d'un gout irréprochable, quelques tableaux des artistes les plus en vogue ornaient les murs d'un blanc lisse. Ils montèrent un escalier en colimaçon pour arriver dans une grande salle baignée de lumière grâce à une baie vitrée qui dégageait une vue panoramique sur Mehyrawn. Zakrariah l'emmena dans une autre pièce pour finalement s'arrêter devant une porte en verre opaque.
- Tom vous attend.
Pour la première fois, la journaliste se sentit faiblir face à la nervosité. Si l'on excluait le roi, elle allait interviewer l'homme le plus puissant de la capitale et elle ne savait absolument pas à quoi s'attendre. Les rumeurs allaient bon train sur ce personnage. Un jour considéré comme un manipulateur assoiffé de sang et de profit, le jour d'après, un autre journal le présentait comme un fin négociateur. Finalement, personne ne savait rien de lui. Estrella avait la lourde responsabilité de montrer le vrai visage de Tom Nork au public. Elle inspira profondément avant que Zakariah ne lui fasse signe d'entrer.

Elle se retrouva sur une immense loggia en pierre blanche, un peu partout, des palmiers en pot égayaient l’ambiance. La balustrade basse libérait la vue sur le port, avec son eau claire et ses voiliers qui circulaient à toute heure de la journée. Au centre était placée une table ronde en bois entourée de deux chaises. Sur celle qui était face à la journaliste était assis un jeune homme. Concentré sur son journal, il tarda à lever la tête en entendant Estrella arriver. Cette première impression de Tom Norsk la surprit. Il avait l'air de tout sauf dangereux. Le maitre incontesté de la classe assassine était d’une beauté délicate, des traits fins et des pommettes marquées. Tout comme Zakariah, il était plutôt grand mais légèrement plus mince.

- Monsieur Norsk…? l'interpella la journaliste.
Norsk leva son regard sombre sur la jeune femme, son visage resta inexpressif pendant quelques secondes durant lesquelles la main qu'Estrella lui tendait restait tristement vide. Puis, il se leva dans un mouvement félin et la saisit dans la sienne, chaude et soyeuse.
- C'est un plaisir de vous rencontrer, Estrella, dit-il d’une voix mélodieuse.
- De même.
- Je vous en prie, prenez place !
Elle s’exécuta et il fit de même. La journaliste se retourna lorsqu’elle entendit des pas derrière elle : Zakariah, une bouteille de vin à la main, posa deux coupes en cristal devant eux.
- Vous n’avez pas eu de mal à trouver ? demanda Norsk en observant son verre se remplir.
Il s’en saisit pour prendre une gorgée.
- Non, c’est assez…voyant, dit la journaliste pendant que son hôte tirait une grimace en goutant la boisson.
- Je t’avais bien dit d’ouvrir la bouteille au moins une heure avant, non ?, railla-t-il à l’intention de Zakariah qui servait maintenant la jeune femme.
- J’ai pas eu le temps, Tom, murmura l’intéressé.
La métamorphose de Norsk était stupéfiante ; son ton passa d’aimable à hautain et ses traits pourtant si doux se durcirent :
- Donc notre invitée va devoir boire un vin rempli de tanins. For-mi-da-ble…
- Pardon, Tom. Je n’ai vraiment pas…
- Non, non, non, c’est bon. Va-t’en, feula le maitre assassin avec geste qui servait habituellement à faire partir les mouches.
A force de travailler dans la communication, Estrella avait une connaissance développée du langage non verbal. Elle ne voyait pas juste un supérieur qui traitait son employé avec mépris mais une haine profonde et sans doute de longue date entre ces deux hommes.
- Vous vous connaissez depuis longtemps ? demanda-t-elle.
- Depuis huit ans, nous étions à l’école des assassins ensembles.
- C’est votre garde du corps ?
- Oui.
Elle voulait savoir pourquoi Tom avait fait d’un homme qu’il appréciait clairement très peu son garde du corps.
- Pourquoi…
Mais il était évidemment que son hôte ne désirait pas s’étaler sur le sujet. Elle devait éviter de le mettre de mauvaise humeur avant même que l’entretien débute.
- …avoir accepté cette rencontre avec les médias ? se rattrapa-t-elle en prenant une gorgée de vin. Si ce n’est pas trop indiscret.
- La semaine dernière, j’ai lu dans le journal du peuple que j’étais dans le commerce d’organes, la semaine d’avant, que je trafiquais des drogues dures. Peu importe ce que dirai aujourd’hui, les rumeurs seront toujours pires que la vérité.
- C’est donc en partie pour rétablir votre réputation que vous êtes devant moi en ce moment.
- Entièrement, oui.
- Bien. Pouvez-vous donner à nos lecteurs les informations les plus importantes sur votre personne ?
La journaliste accompagna sa requête d’un sourire encourageant.
- Je suis Tom Norsk, j’ai vingt-quatre ans. Je suis assassin, je suis d’origine sahrasine.
Il alluma une cigarette et en proposa une à son invitée. Elle accepta avec plaisir.
- Bien, enchaina la jeune femme en prenant une bouffée. Plus ou moins tous les assassins de la capitale travaillent pour vous. Vous êtes devenu le chef d’une entité qui n’en a jamais eu. Comment en êtes-vous arrivé là ?
- C’est une longue histoire, commença Tom. En terminant ma formation d’assassin à vingt ans j’ai disons travaillé avec plus d’efficience et de discrétion que mes collègues. Il y a maintenant deux ans de cela, j’ai décidé de ne plus me terrer sous une fausse identité, j’ai décidé que chacun dans cette ville devait connaitre mon nom, mon visage, mon adresse. Je me suis acheté la villa dans laquelle nous nous trouvons. Grâce à ma notoriété, j’eus plus de contrats, certes, mais aussi de nombreux ennemis qui n’attendaient qu’une occasion de me couper la gorge. Il me fallait une protection sûre. Les meilleurs combattants sont les assassins. J’en ai engagé une dizaine comme gardes du corps. Finalement, j’ai pensé que les avoir tous à mon service serait plus simple. A l’heure actuelle, une centaine, donc tous les assassins formés de la capitale, sont sous mes ordres. Ils exécutent des contrats en mon nom, la récompense me revient et eux touchent un salaire très convenable à la fin du mois.
Il s’interrompit pour remettre son turban en place. Ses longs doigts fins en inspectèrent rapidement la surface.
- Leur récompense est forcément plus haute que le salaire que vous leur versez, enchaina la journaliste. Quels sont leurs avantages ?
- Je leur prête ma réputation. S’ils ne travaillaient pas pour moi ils n’auraient à peine assez pour payer leur loyer car les clients passent par moi. En général, le prix et les circonstances du meurtre se discutent autour de cette table même. Rien qu’entre moi et l’employeur.
Un soudait mal être s’empara d’elle en imaginant quelles discussions devaient avoir eu lieu ici même. Elle baissa son regard sur sa liste de questions à poser afin de se redonner une contenance.
- Beaucoup de gens parlent de vous…
- Beaucoup de gens parlent trop, la coupa son interlocuteur qui semblait irrité d’avance par la question.
- Certes, sourit Estrella, mais des rumeurs disent que les rares personnes s’étant détournées de vous ne sont plus de ce monde. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Les yeux de l’assassin brillèrent de malice.
- Je vous assure que je ne les ai pas tués.
Elle hocha la tête.
- Exécutez-vous certains contrats vous-même ?
- Les plus importants, oui. Mais mes services sont très onéreux et la plupart des employeurs s’en tiennent à mes subordonnés.
- Puisque nous en parlons : combien de narys dois-je investir pour un assassinat professionnel ?
- Tout dépend de la victime. Les prix varient entre quinze et cent mille.
Le sahrasin moyen gagnait dans les deux mille narys par mois, ce service restait donc financièrement assez accessible si l’on prenait le tarif le plus bas.
- C’est intéressant, la vie humaine vaut donc entre quinze et cent mille narys…
- Non, Estrella, ce sont nos services qui valent ces prix. Si vous voulez connaitre le prix d’une vie, adressez-vous à un marchand d’esclaves.
Elle prit quelques notes avant de poser son ultime question :
-Vous avez dit qu’il y a deux ans, vous avez décidé de dévoiler le secret de votre identité. C’est aussi à ce moment-là que la quasi-totalité des dirigeants de la guilde des voleurs, autrefois très influente dans cette ville, a été éliminée. De source fiable, nous sommes sûrs que l’ordre provenait du roi mais quel était l’exécutant de cette mission ? Travaille-t-il pour vous ? En savez-vous quelque chose ?
- C’est moi qui les ai tués.
L’assassin ne devait pas se rendre compte de ce qu’il venait de dire. Le cœur de la jeune femme s’accéléra, elle inspira plusieurs fois par la bouche pour retrouver son calme. Depuis des mois, voire des années, la rédaction du petit sahrasin faisait des recherches pour retrouver l’identité de ce fameux assassin, responsable de la chute de l’entité illégale la plus puissante du royaume. Bien que Tom ait toujours été le suspect principal, rien ne valait des aveux. Sa promotion lui serait offerte sur un plateau d’argent si elle parvenait à les publier.
- Si vous voulez, je ne publierai pas ces aveux. Je ne voudrais pas vous mettre en danger.
Dire cette phrase lui couta une force considérable. Mais Norsk n’hésiterait pas une seule seconde à la faire tuer s’il n’avait pas donné son approbation.
- Laissez donc. Si la guilde n’a toujours pas compris qui était derrière tout ça, ils sont bien trop stupides pour me nuire.

CHAPITRE 1


27 mars 1789, royaume sahrasin, alentours de Mehyrawn (capitale)

Tom continua sa fouille sur le prochain cadavre. Dans la main osseuse du gobelin, il le trouva : un médaillon en argent s'ouvrant sur le portrait d'une fillette. Le jeune homme évita les autres dépouilles en sautillant à la lumière de sa torche. Une bonne dizaine trainait à ses pieds. Ces bêtes humanoïdes volaient tout ce qui n'était pas cloué au sol. Armés de couteaux de cuisine ou de bâtons, les gobelins pouvaient représenter une réelle menace s'ils attaquaient en groupe.
Il accélérera. Peu de temps après, il arriva à la sortie de l’ancienne mine. Le soleil, dont la lumière éclatante inondait le royaume sahrasin tous les jours de l'année, le fit cligner des yeux. Il frotta ses bottes sur l'herbe pour enlever le sang poisseux de ses adversaires. Puis, il se mit en route pour récupérer sa récompense. Son employeur, un campagnard, l’attendait à une centaine de mètres de l'entrée de la mine. Il poussa un cri de joie en voyant son bijou de famille entre les mains de Tom. Lorsqu’il fit mine de s’en saisir, l’assassin referma son poing dessus.
- Nous nous étions mis d’accord sur cent cinquante narys, il me semble, fit-il sèchement remarquer.
Le paysan approuva. Il se mit à fouiller dans les poches de sa salopette et tendit une liasse de billets à son interlocuteur. Celui-ci lui remit le médaillon avant de vérifier la somme.
- Si vous saviez comment j’suis content…, commença le fermier.
- Vous vous moquez de moi ? Vous ne m’avez donné que cent ! l’interrompit l’autre.
Son client examina à nouveau les moindres recoins de sa tenue miteuse. Finalement, il lui montra ses paumes vides.
- J’croyais avoir cent cinquante mais j’sais pas vraiment compter, dit-il en guise d’excuse
Tom jura en levant le regard au ciel. Que pouvait-il faire ? Il s’était fait avoir, point. Abattre son client n’était pas une solution : il n’en retirerait rien de plus qu’une courte satisfaction. Ainsi qu’une altercation avec la milice si la chance lui était aussi fidèle que ces derniers temps.
- Si vous voulez, j’peux vous payer en nature, proposa le paysan.
Le jeune homme fronça les sourcils.
- Pardon ?
- Ben, j’peux vous donner une chèvre ou un lopin d’terre…
- Ah ouais.
Le fermier haussa les épaules.
- Vous voulez une poule ? Ma p’tite Maggie donne de très beaux œufs…
- Mais que voulez-vous que je fasse d’une poule ? s’exaspéra Tom.
Ses nerfs commençaient à lâcher. Il n’aurait jamais imaginé tomber un jour si bas. Il décida de lâcher l’affaire après tout, cinquante narys de plus ou de moins ne changeraient pas la donne : il était dans une situation inextricable. Il prit congé et se mit en route pour la ville.
- Attendez !
Tom se retourna vers son client.
- Quoi encore ?
- Vous avez bien dit vous appeler Tom ? demanda le fermier.
- Oui..., répliqua l'autre d'une voix lente et méfiante.
- Tom...Norsk ? hasarda le paysan.
Ce dernier ouvrit la bouche pour le contre dire. Il se ravisa. À quoi bon ? Un sourire niais apparut sur les lèvres gercées de son interlocuteur.
- Si la semaine dernière on m’avait raconté que Tom Norsk, le grand assassin, travaillerait pour moi…j’aurais ri jusqu’à m’en briser les os !
- …Et en plus vous avez réussi à l’arnaquer, grinça Tom entre ses dents et se détourna.

Après vingt minutes de marche, il arriva aux portes de Mehyrawn. D’un pas furtif, il se faufila dans la foule, tête baissée. Il ne tenait absolument pas à attirer l’attention sur lui. La traversée de la rue principale mit sa patience à rude épreuve. Sous une chaleur infernale, des milliers de sahrasins se bousculaient pour arriver à destination. Au moins, ce fouillis humain lui permit d’atteindre le port sans qu’aucun de ses concitoyens ne le reconnaisse.
L’eau turquoise clapotait tranquillement contre la jetée principale ou les flâneurs du soir dégustaient le coucher du soleil. Le tintement métallique des mâts et le froissement des voiles rappelèrent douloureusement à Tom sa dernière promenade sur le quai, encore escorté par ses gardes du corps qui aboyaient sur tous ceux qui s’approchaient de leur maitre.
-NUMERO SPECIAL TOM NORSK !
Il sursauta. L’adolescent qui distribuait les journaux à la population cria à nouveau :
- LA FIN D’UN REGNE. QUE VA DEVENIR…
- Donnez m’en un, l’interrompit Tom.
Le facteur sourit :
- Trois narys.
- Si vous lisiez vos propres journaux vous sauriez que je n’ai pas les moyens de m’acheter quoi que ce soit.
L’autre écarquilla les yeux et se mit une main devant la bouche pour ne pas crier.
- Par Ytril, chuchota-t-il finalement. Pardonnez-moi, je ne vous avais pas reconnu…Tenez !
Tom lui arracha le papier des mains. Il s’assit sur le bord du quai et se mit avidement à lire :

La fin d’un règne

Tom Norsk (24), l’assassin le plus connu et probablement le meilleur du royaume sahrasin, a fait une chute monumentale. Depuis bientôt trois ans, le jeune homme contrôlait l’ensemble de la classe assassine. Dans l’interview que nous avons publié le 22 mars , il nous a fait des aveux intéressants : ce serait lui, le fameux assassin, qui, sous les ordres du roi, aurait éliminé les membres les plus importants de la guilde des voleurs. Lorsque nous avons proposé de ne pas publier cette partie de l’article, Norsk nous a répondu :
« Laissez donc. Si la guilde n’a toujours pas compris qui était derrière tout ça, ils sont bien trop stupides pour me nuire. »
Stupides ou non, aucune idée. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’ils lisent petit sahrasin (et nous les en remercions). Toujours est-il que les représailles ont été rapides : à peine trois jours après l’apparition de cet article, la villa qui servait de quartier général à Norsk a été pillée puis brûlée. Même s’il a survécu à l’attentat, il est très peu probable qu’il survive longtemps sans protection. En plus de la guilde, nombreuses sont les personnes qui pourraient avoir une raison d’en vouloir à Norsk. Se pourrait-il que l’assassin doive faire face à tous ses ennemis d’un coup ? Y arrivera-t-il ? Chers lecteurs, chères lectrices, nous nous engageons à vous tenir au courant de tous les détails !
Pour ceux qui s’intéresseraient au passé de Tom Norsk, vous trouverez sa biographie complète en page huit ainsi que quelques victimes célèbres.

Tom Norsk se retint de hurler de rage en voyant son portrait en bas de la page. Il prit le soin de noter le nom du journaliste. La plus grande partie de la population connaissait déjà son visage à cause de cette fameuse interview. Inutile de le montrer au peu qui ne l’avait mémorisé. Il se releva d’un bond et se mit en route vers l’une des seules auberges dont il pouvait payer le prix.
-Eh, bonjour, Tom !
Hassan, le propriétaire, le salua joyeusement. Cet homme d’âge mûr se réjouissait d’avoir une « célébrité » dans son local. Que la présence d’un assassin attirerait le genre de clientèle dont on se serait bien passé ne lui était pas encore venu à l’esprit. Tom avait déjà repéré un nouvel arrivant, un homme trapu qui passait son temps à l’observer du coin de l’œil. Aujourd’hui aussi il était au rendez-vous : assis au fond de la pièce qui servait de salle à manger, le regard caché par l’ombre de son chapeau. Si la guilde savait où se cachait leur ennemi, elle faisait preuve d’une prudence exemplaire. Elle savait pertinemment qu’il leur fallait un plan infaillible pour piéger l’ancien maître assassin.
- Salut Hassan.
- Tu as envie de manger quelque chose, Tom ?
- Le moins cher, comme d’habitude.
- Le menu trois pour le seigneur Norsk ! hurla l’aubergiste direction cuisines.
Désespéré, il s’assit à une table. Les autres clients l’observaient en chuchotant entre eux. Il en avait assez d’être exposé comme un animal de zoo. Depuis la parution de son interview avec Estrella Del Mar, un nuage de murmures le suivait dès qu’il restait immobile assez longtemps pour que les gens le reconnaissent. Si certains devenaient blancs comme des linges en s’apercevant de son identité, la plupart de ses concitoyens étaient curieux. Ils le fixaient bêtement, sachant qu’il ne pouvait rien faire pour les en empêcher et certains osaient même le montrer du doigt. Son passage brutal d'homme puissant à sans logis alimentait les commérages. Les mauvaises langues affirmaient que Tom n'avait récolté ce qu'il avait semé durant les trois dernières années.
À treize ans, il avait pris la décision d'intégrer l'école des assassines contre la volonté de sa famille. Durant sept ans, Tom avait appris à combattre à mains nues, à l'épée, à se déplacer rapidement et sans bruits peu importe le terrain et à escalader un mur d’immeuble sans peine. Il avait non seulement été le meilleur de son année mais aussi « le meilleur élève que nous ayons jamais eu » selon la plupart de ses enseignants.
Dans le royaume sahrasin, les assassins formés avaient un statut social particulier. Ils pouvaient être arrêtés pour meurtre si et seulement si, ils étaient pris en flagrant délit. Si, au cours des investigations, les autorités retrouvaient l’identité du tueur celui-ci n’était pas responsable de ses actes. Le coupable, aux yeux de la justice, était son employeur. Car l’assassin ne tuait qu’à la demande d’un client en échange d’une compensation financière, il devenait un meurtrier à cause d’une tierce personne, jamais de son propre gré.
Après sa formation, il avait commencé à exécuter ses premiers contrats. Ses meurtres étaient rapides, efficaces, sans traces. Son nom était d’abord murmuré parmi les gens de sa profession. Puis, Tom Norsk était devenu une référence dans le domaine. Mais cette situation ne le satisfaisait pas le moins du monde. Un jour, une mission lui fut proposée. Le roi en personne lui ordonna de trouver et d’éliminer les principaux dirigeants de la guilde des voleurs. Ce groupe illégal était devenu de plus en plus grand, ses membres volaient en bandes organisées et commençaient à représenter un réel handicap pour l’économie de la capitale. Il lui avait fallu plus de six mois pour traquer et tuer un à un les quinze plus hauts membres de la guilde. La récompense avait été à hauteur de ses attentes. Le roi Ishar lui avait donné assez d’argent pour lui permettre de ne plus jamais avoir à travailler de sa vie. Mais Tom utilisa ses fonds pour autre chose. Il acheta une villa dans le centre-ville et engagea une dizaine de gardes du corps. Il permit à tous les assassins formés de travailler pour lui. Ils profitaient de sa popularité mais lui reversaient une bonne partie de la récompense de leurs contrats. De plus, Tom se chargeait de corrompre les autorités si ses employés se faisaient prendre sur le fait, ce qui n’arrivait pratiquement jamais.
A la tête de d’un groupe composé de tous les tueurs professionnels de la ville, Tom n'exécutait plus que les contrats les plus complexes. Il était devenu quelque chose qui n’avait jamais existé auparavant : le maitre de la classe assassine.

CHAPITRE 2

27 mars 1789, royaume sahrasin, Mehyrawn (capitale)

Sous le regard réprobateur de l’aubergiste, Tom avala ses maniocs bouillis à l’eau en se bouchant le nez. Après trois ans de nourriture gastronomique, ses papilles protestaient contre ce repas bon marché. Pourtant, il se forçait à manger. Il avait besoin de toutes ses forces pour vendre très cher sa vie aux nombreuses personnes qui voulaient la lui prendre. La guilde des voleurs n’était pas sa seule ennemie. Nombre de ses anciens employés avaient dû le trahir, sans quoi la guilde n’aurait jamais réussi à pénétrer sur son territoire. Le soir ou sa villa avait été pillée puis brûlée, Tom était sorti. En apercevant fumée et flamme au loin, il était revenu sur ses pas. Il était arrivé juste à temps pour voir les membres de la guilde emporter ses derniers biens. Tout ce qu’il lui restait était ce qu’il avait sur lui le soir de l’incendie : un sabre, un poignard et quelques pièces. Même s’il parvenait à garder la tête froide, il ne sous estimait pas sa situation. Il était seul, sans moyens et une centaine de personnes voulaient sa mort. Même si l’idée ne l’enchantait pas, il allait sans doute devoir quitter la capitale et reprendre pied dans une autre ville du royaume sahrasin.
Un homme de son âge se leva et tenta de s’approcher de lui à petits pas, comme si Tom était un animal sauvage qui l’attaquerait au premier geste brusque.
- Quoi ? lui demanda l’assassin avec exaspération.
L’inconnu se posa à sa table avec un grand sourire.
- Bonjour, je m’appelle Karem.
Il lui tendit sa main gauche que Tom observa avec dégout. Karem ne se laissa pas décourager.
- Vous êtes bien Tom Norsk, hein ?
-Non.
Le gêneur semblait déstabilisé.
- Mais…si….pourtant je vous ai vu dans le journal. Et le cuisinier a dit…
- Oui, bon c’est moi, capitula Tom.
Cette conversation l’irritait au plus haut point. Il n’était pas habitué à devoir parler à des personnes qu’il considérait comme si clairement inférieures à lui. Son interlocuteur, avec ses paumes rugueuses, sa peau brûlée par le soleil et sa carrure large, venait sans doute d’une classe sociale basse. La société sahrasine était froidement divisée en huit classes sociales, elles-mêmes partagées en trois catégories : l’inférieure, la moyenne et la supérieure. Les assassins formés, les entrepreneurs importants et les hauts membres du clergé et de l’armée faisaient partie de la classe supérieure. Les membres de la moyenne leurs devaient respect, ceux de l’inférieure n’étaient même pas censés leur adresser la parole.
- Je suis un grand admirateur de votre travail, monsieur Norsk ! Je viens de lire votre biographie et je…
- Je suis assassin, mon « travail », c’est de tuer, grogna Tom d’une voix menaçante.
-Justement, le visage de Karem s’éclaira. C’est ce que je…
Tom ne sut jamais ce que Karem voulait exactement car la seule personne à laquelle il avait encore moins envie de parler venait d’entrer dans le local : Zakariah Saïd. Son ancien garde du corps le repéra et s’avança vers sa table.
- Dégage, intima-t-il à Karem qui déguerpit sans demander son reste.
Il s’assit à la place de l’ouvrier, en face de son ancien patron. Ses cheveux sombres lui tombaient sur les épaules avec élégance, encadrant un visage anguleux. Tout comme Tom, il avait un corps fin et musclé. Une autre morphologie rendait le métier d’assassin, dont les points clé étaient la furtivité et l’agilité, difficile.
- Alors, Tom, quel effet ça fait d’avoir creusé sa propre tombe ? demanda Zakariah avec délectation.
- Un mot de plus et tu pourras en témoigner toi-même, répondit l’autre avec nonchalance.
- Ah ouais ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Me jeter tes maniocs dessus ?
Tom ne répondit pas, le regard fixé sur la bague en argent que Zakariah portait à l’annuaire gauche. Elle ne valait pas grand-chose. Trente narys pour être exact. Il le savait, l’ayant acheté lui-même dans une petite boutique du port. Si l’un de ses ex employés se promenait avec ses affaires, il ne pouvait y avoir qu’une seule explication.
- Ce serait gâcher la nourriture, néanmoins…
Sans prévenir, Tom jeta le contenu de son assiette, de l’eau bouillante et des bouts de manioc, sur Zakariah qui se leva en jurant.
-…néanmoins, je dois avouer que j’en retire une immense satisfaction.
Son ancien garde du corps explosa :
- Mais t’es malade !! T’es vraiment qu’un connard ! Qu’est-ce qui te…
- Tu es venu avec ma bague au doigt pour me narguer, à quoi tu t’attendais ? Que je te laisse m’humilier sans rien faire ? le coupa Tom.
Zakariah resta sans voix quelques secondes, puis, il reprit avec plus de calme :
- C’est fini, Tom. Tu n’as plus aucun pouvoir. Demain, à la même heure, tu seras probablement mort alors à quoi bon m’énerver ?
L’ancien maitre assassin se mit debout et se pencha par-dessus la table pour être plus près de son ennemi. Il posa une main sur son épaule.
- Tu sais quoi, Zak, lui chuchota-t-il à l’oreille, demain, à la même heure, il vaudrait mieux pour toi que je sois mort…
Zakariah se libéra de son emprise avec brusquerie.
- Tu es le premier sur ma liste, Zakariah, tu as trahi ma confiance et c’est impardonnable.
- Arrête, tu sais très bien que je n’étais pas le seul.
Il le savait. Vu l’arrogance avec laquelle il avait traité ses subordonnés durant son règne, ils avaient sans doute tous sauté sur l’occasion pour se débarrasser de lui. Mais à ses yeux, Zakariah restait le principal responsable.
- Va-t’en, ordonna l’ancien maitre assassin.
Ayant remarqué la dispute entre les deux hommes, l’aubergiste arriva à leur table.
- Un problème, seigneur Norsk ?
Zakariah éclata de rire.
- Seigneur Norsk ? Tu as déjà de nouveaux lèches pieds ?
- Hassan…, commença Tom. Cet individu m’importune.
Hassan savait qu’il était face à l’ancien maitre de la classe assassine et que celui-ci était parfaitement en état de régler ses problèmes seuls. Pourtant, avec ses vêtements troués et ses traits doux qui imitaient un air peiné, Tom avait réussi à lui donner l’illusion d’avoir besoin d’aide.
- Veuillez quitter mon établissement, dit-il froidement à l’intention de Zakariah.
L’assassin partit de l’auberge en claquant la porte et en jurant.
- Je vous rapporte une assiette de manioc, monsieur Norsk.
- Merci Hassan, dit Tom avec un sourire en coin





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